Jour 1 601

Androgyne

Androgyne

Je suis un être dichotomique. Je me dénigre volontiers, je critique mes réalisations, je me moque de mes œuvres, je n’ai pas confiance en moi. Je trouve que j’ai raté ma vie, que je l’ai menée en dents de scie à cause d’une alternance de rares bons et de très nombreux mauvais choix, notamment amoureux. Je trouve que je n’ai pas de talent, surtout pas le talent d’avoir su maintenir mes acquis, je me vois cheminer vers la vieillesse, seule, en grattant de plus en plus pour joindre les deux bouts. Comme je l’ai écrit récemment, il me semble que les dés sont jetés à la naissance et il n’y a pas grand-chose qui change au cours d’une vie jusqu’à la mort. Ce n’est pas particulièrement optimiste en fait de perception. En même temps, quand je travaille sur un projet relié au domaine des arts, que ce soit l’écriture ou la peinture ou mes mosaïques au foulard rouge, je suis imprégnée du sentiment d’être un génie qui est né au mauvais moment, en avant de son temps, que personne ne comprend. Quand j’ai écrit la partie fictive de ma thèse de doctorat en littérature, à Paris, je me rappelle très bien m’être promenée sur le boulevard de Richelieu en lévitant quasiment tellement je n’en revenais pas d’avoir pondu ce que j’avais pondu. J’avais écrit d’un chien qu’il avait les oreilles en épaves. L’association de mots était bien entendu sortie toute seule de mon cerveau. Je marchais sur le boulevard de Richelieu dans un état de grâce, et perplexe que les gens ne se tournent pas sur mon passage ! Cette semaine j’ai beaucoup travaillé. Pour l’université, et pour moi. Je passais d’un lieu à l’autre, du travail à la maison, en me rappelant les paroles du film Pina, de Wim Wenders, dans lequel il est dit de Pina qu’elle travaillait tout le temps. Pina, c’était moi cette semaine. J’étais Pina. J’étais une grande artiste. La grande artiste présente aujourd’hui le premier portrait d’une série de 26, le portrait de la lettre A pour Androgyne. J’aime la petite tache blanche, qui sort grisâtre, sur le bout du nez.

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

3 Responses to Jour 1 601

  1. J’aime ton texte et le portrait.

    J’aime

  2. Ping : Jour 1 582 | Les productions Badouz

Laisser un commentaire