Jour 1 604

Maman a été hospitalisée pour une pneumonie. Elle n’est pas en forme depuis plusieurs années. Si elle devait ne pas se remettre de cette infection, et mourir, disons les choses comme elles sont, j’aurai été capable de lui dire je t’aime à la fin de son parcours à elle, et à plus du mi-parcours de ma propre vie. C’est tout. Je n’aurai pas créé de relation avec elle, je ne conserverai pas d’elle de souvenirs heureux, encore moins joyeux, mais pas non plus de souvenirs désagréables. J’aurai passé l’essentiel de ma vie coupée d’elle, mais j’aurai pu lui dire, les mots sortant tout seuls de ma bouche, sans aucun effort, en toute simplicité, que je l’aime. Je ne lui ai pas dit que je l’aime en étant bouleversée par l’intensité de mes sentiments, comme admettons j’ai pu dire je t’aime au père de ma fille en étant bouleversée par l’intensité, la beauté, la pureté de mes sentiments. Je ne lui ai pas dit je t’aime en mesurant combien je suis chanceuse de partager ma vie avec la belle personne qu’est Emma lorsque je dis je t’aime à Emma. Je lui ai dit je t’aime comme je le dis à un ami qui m’est cher, quand je le quitte et que j’ai déjà hâte de le ou de la revoir. Je n’avais pas tant hâte de revoir maman, les fois que je l’ai vue ces dernières années, mais je n’étais pas non plus grugée par l’angoisse et l’inconfort total. Là où je veux en venir, et je trouve que j’y arrive difficilement, c’est que la vie se déroule sans varier tellement. Une fois que les postulats de base sont énoncés, que les sentiments de base sont installés dans un individu, ils y restent et, dans le meilleur des cas, on apprend à vivre avec. Point final. On peut partir d’une grande pauvreté matérielle et devenir milliardaire et ce, particulièrement de nos jours, en peu de temps. Les changements spectaculaires de cet ordre existent. Mais sur le plan de l’affect, je pense qu’on ne change pas trop. Quand on dit, en parlant de quelqu’un qui ne comprend pas quelque chose : qu’est-ce que ça va prendre pour qu’il comprenne, je pense que ce ça n’existe pas, ou encore, je pense que si ce ça survenait, l’individu construit pour ne pas comprendre ce ça ne le comprendrait pas.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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5 Responses to Jour 1 604

  1. Je ne comprends pas ta dernière phrase.

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    • Avatar de Badouz Badouz dit :

      Avec des tirets, est-ce que ça aide ? …l’individu-construit-pour-ne-pas-comprendre-ce-ça

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      • Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

        C’est juste plus difficile à prononcer: ça donne un mot trop long 😉

        Non, ce n’est pas ça qui m’embêtait dans ta phrase. C’est son contenu tautologique (malgré la présence d’un conditionnel); mais c’est pas l’allure mathématique de l’énoncé qui me dérange, mais plutôt son ton fataliste, pessimiste.

        Il est vrai que c’est justement le sens de la phrase, que d’exprimer une bonne dose de pessimisme face à la bêtise humaine. Mais on ne doit pas croire que cette bêtise est infiniment grand; ça, je n’y crois pas. Très grande, peut-être.

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  2. Il me semble que… le dernier bout (la dernière ligne) est une tautologie, que « ça » ça peut être aussi varié qu’il y a d’humains pour le produire, et que certains « ça » devraient fonctionner… enfin, c’est très vague, tout ça. Est-ce qu’on peut déconstruire un individu? Ou percer Sa construction pour y en faire entrer une autre?

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  3. Mes meilleurs souhaits de prompt rétablissement à ta mère. Je sais combien une pneumonie peut être pénible! Est-ce qu’elle t’écouterait si tu lui faisais la lecture?

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