Jour 1 628

Pour ajouter à ma thématique des perles abordée au jour 1 629 : Isabelle Brais, la compagne de François-on-se-donne-Lego. À la soirée des élections, elle portait des perles en masse, une quadruple lisière au poignet et une autre au cou, par-dessus d’autres bijoux qui m’ont semblé être en argent.
Hier soir j’ai passé quelques heures en compagnie d’une personne qui, comme moi, se situe, me dit-elle, trop souvent en porte-à-faux par rapport au restant. Par rapport à ce qu’on pourrait appeler un courant général de pensée, par rapport au courant massif et récent du vote libéral, par rapport au comportement des gens, à une manière d’interpréter, de décoder les événements, etc. J’ai donc passé une excellente soirée parce que, pour une des rares fois de ma vie, je faisais partie d’une petite confrérie de deux personnes. Une petite consœurie. Du simple fait de nous savoir et de nous sentir deux, j’ai arrêté momentanément de me demander Comment ça se fait. Comment ça se fait que je ne pense pas comme untel, comment untel peut-il penser comme il pense, comment untel peut-il penser comme il pense et être convaincu d’avoir raison, comment ça se fait que les gens sont convaincus d’avoir raison, comment pourrais-je penser comme les gens pensent pour ne pas être à contre-courant, comment ça se fait que je ne m’habitue pas à être à contre-courant tout le temps, comment ça se fait, maudit bâtard.
– Comment ça se fait que ce n’est pas encore fini ?, ai-je demandé à Emma, mardi soir quand les lumières se sont allumées pour un entracte, alors que j’espérais la fin de la pièce de théâtre.
Nous étions venues, au prix d’un long trajet en transport en commun, assister à la pièce Littoral, de Wajdi Mouawad, une amie d’Emma faisant partie de la distribution.
Le thème central de la pièce, transmis dans mes mots, est celui d’une métaphore de notre quête individuelle, à travers la conscience d’un jeune homme qui cherche une place où enterrer son père et qui n’en trouve pas. Il erre, malgré lui, en direction de la mer. Il rencontre des gens. En d’autres mots : ce n’est pas tant la destination qui compte que le trajet emprunté pour s’y rendre. En d’autres mots encore : ce n’est pas tant ce que l’on fait qui importe que ce que l’on cherche.
– Qu’est-ce que tu cherches, ai-je demandé à Emma pendant l’entracte, qui fouillait comme une bonne dans son sac fourre-tout rempli à craquer.
– Mon iPod, me dit-elle.
Délaissant tout, philosophie et métaphore des grands thèmes de la vie, nous nous sommes accroupies pour essayer de le retrouver sous les sièges. Le surveillant de la salle est venu nous aider. Des spectateurs de notre rangée se sont accroupis aussi. En deux minutes et demie, nous avons reproduit le thème central de la pièce, la quête, là où Wajdi a pris trois heures.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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1 Response to Jour 1 628

  1. Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

    Tu me fais sourire… c’est un exploit, cette semaine!

    J’aime

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