Jour 1 657

Un autre événement important de mes derniers jours fut ma conversation avec Yvon au téléphone –on ne se voit pratiquement jamais.
– Est-ce que je te dérange ?, a été sa première phrase. C’est toujours sa première phrase quand il me téléphone.
– Oui, est ma seule et unique réponse.
– Alors je raccroche ?
– Non, non, attends un peu.
Et on a parlé une heure. Au début, il a parlé des problèmes qu’il a avec certains membres de son entourage. Puis il m’a dit :
– Je te raconte tout ça, ça doit être plate à mort. Excuse-moi.
Ce n’était pas plate à mort, mais on a profité de cette remarque pour changer de sujet et nous avons alors longuement parlé de mon exposition qui s’en venait dans deux jours et de nos toiles récentes.
– Je sais que mes toiles sont trop pleines, lui ai-je expliqué, que ça ne respire pas, que c’est de niveau enfant de deux ans quant à la maîtrise de la perspective et des proportions, mais je m’en fiche, finalement. Je m’en câlice, même.
– T’as raison, m’a encouragée Yvon. Qu’est-ce que ça peut bien faire que tu aies un style qui asphyxie, a-t-il ajouté en se moquant.
– Bien, à part tuer des gens, ça ne fait rien de mal.
C’est tout. C’est un temps fort parce qu’Yvon est mon ami et que nous nous défoulons en disant n’importe quoi.
Un autre temps fort a eu lieu au travail alors qu’avec mon collègue informaticien on n’arrivait pas à comprendre ce qu’il fallait faire. On n’arrivait pas à comprendre les explications en anglais que nous retournait le logiciel. On n’arrivait même pas à comprendre les termes utilisés et on ne les trouvait pas dans le  glossaire. Alors, par dépit incommensurable, parce que nous étions bloqués à cette étape de transfert de données, parce que nous y avions passé la semaine sans réussir à nous en sortir, j’ai dit ceci à mon collègue, mot pour mot :
– Fais n’importe quoi. Appuie sur Shift/Retour, essaie n’importe quoi.
Or, le Shift/Retour nous a sortis du pétrin.
– Wow ! Lynda ! Tope là, s’est exclamé mon collègue en me tendant sa main pour que je tape dessus. Il n’en revenait pas.
Comme quoi ça peut être utile de dire n’importe quoi.

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

1 Response to Jour 1 657

  1. Vive le « dire n’importe quoi » c’est divertissant et on sait aussi maintenant que ça peut être mauditement pratique 😉 Il ne faut pas avoir peur du ridicule!

    J’aime

Répondre à Nathalie Désilets Annuler la réponse