Jour 1 741

J’ai peint une toile à l’acrylique cet après-midi à la Georges Seurat, en accumulant des centaines de points. J’ai presque honte du résultat.
Ayant trouvé sa casquette et ses clefs, nous partons, papa et moi, manger de la pizza.
J’écris ces lignes au son de la voix d’Emma qui chante très fort, comme elle le fait souvent, sous la douche.
*
Pourtant, à mi-parcours, l’oeuvre me plaisait. Elle est tapissée ici et là de serviettes de tables en papier que j’ai déchiquetées. Les petits morceaux sont recouverts de polymère de telle sorte qu’ils adhèrent à la toile.
– Pourquoi m’imaginais-tu mort dans le salon ?, me demande papa.
– Bien, parce que tu ne répondais pas alors que tu savais que je m’en venais chez toi !
– Je veux dire pourquoi dans le salon, et pas dans une autre pièce ?
Emma arrive du collège très joliment coiffée de son casque de vélo. Je le lui ai offert pour son anniversaire. Elle a tellement chaud, elle est tellement habillée pour le temps doux que nous avons, elle traîne un sac-à-dos tellement lourd qu’elle s’empresse de passer sous la douche. Nous n’avons pas encore soupé.
*
Au bout de quelques centaines de petits points, j’ai senti qu’il faudrait que je donne à l’œuvre une autre direction. Après quelques tentatives que j’ai eu tôt fait d’effacer avec un linge mouillé, je m’en suis tenue à l’enfilade des points.
La question me surprend. Je regarde papa qui regarde son assiette. Avec application, il coupe de sa fourchette son filet de poisson pané. Nous n’avons pas choisi la pizza, finalement.
– Peut-être parce que c’est le seul endroit où il y a du tapis ?, ai-je répondu, assez peu sûre de moi.
– Une fois mort, je n’ai pas besoin de tapis pour absorber le choc de ma chute, me fait-il remarquer avec stoïcisme, en soulevant avec toujours la même application sa tasse de café.
Je me rends voir Emma qui sort de la douche. Je m’ennuie d’elle, je ne l’ai pas vue de la journée. J’arrive dans la salle à manger où elle est installée devant son portable. Elle écoute des vidéos sur YouTube. Je m’éclate de rire : elle porte son pyjama de Noël, en polar rouge couvert de rennes blancs !
– Quoi !?, s’exclame-t-elle.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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1 Response to Jour 1 741

  1. Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

    Amusant! Ce doit être l’air du temps. Juste avant de lire ton texte (celui-ci), je venais d’enfiler un chèque dans une carte de Noël, pour le poster à un ami. J’utilise souvent ces cartes qu’on reçoit par centaines chaque année, de diverses « charités ». Je m’en sers pour n’importe quoi. Étant opaques et assez robustes, elles font de bons étuis pour envoyer des chèques et des mandats-poste.

    J’approuve à 100% le choix de ta fille. J’aime les pyjamas. Et j’aime le rouge! Joyeux Noël!

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