La chambre aux lilas – 1993

– C’est comme pour un défilé de mode, m’a expliqué l’hôtesse.
Sur le coup, le cliché m’a rebutée. J’ai eu envie d’abandonner.
– Vous entrez, vous marchez. Vous verrez, ce n’est pas compliqué.
Mon hôtesse est femme au teint laiteux, un teint de femme riche, lascive, qui ne bouge jamais qu’avec des mouvements lents. On penserait qu’elle a passé sa vie sous les climats excessifs du Botswana. Elle m’a conduite ici, dans l’antichambre, et m’a servi une boisson qui a pris du temps à infuser. Elle a choisi les feuilles et les tiges avec minutie, à même une boîte de fantaisie qui devait contenir, à l’origine, des bonbons, des dragées.
Pour des raisons d’éthique professionnelle, je désignerai tout simplement par la lettre N. l’agence qui m’a mise en contact avec l’hôtesse et son équipe.
Quand elle m’a parlé d’antichambre, j’ai imaginé une pièce sombre aux tentures de velours pleines de poussière. Or nous étions assises sur des espèces de poufs dans un décor africain tout à fait réjouissant. Il y avait deux tam-tams dans un coin surmontés d’une peau parfaitement tannée. Au-dessus de nos têtes, sur une affiche accrochée au mur, une girafe et un zèbre s’embrassaient.
L’hôtesse a ajouté à sa décoction quelque chose qui ressemblait à des billes de paraffine. Elle a remué le tout et nous a versé, d’un air concentré, une tasse à chacune. Avant d’avaler sa première gorgée, elle m’a regardée. J’ai eu l’impression que la séance commençait. Comme de fait, l’engourdissement des membres fut immédiat. Le frémissement du plaisir nous gagna en même temps.
L’hôtesse a respiré profondément. Elle a bougé le tronc, l’abaissant et le redressant, en proie à la tension extrême des premiers instants. La sueur lui perlait sur le front. Elle s’est tripoté les seins à pleines mains. J’étais davantage préoccupée par son état que par le mien, quand des vagues de chaleur m’ont envahie partout, tout d’un coup. Elles me faisaient transpirer et saliver, au point d’en avoir la nausée. Le cœur me martelait la poitrine. Le flux sanguin me bouchait les tympans. Pour tout soulagement, je n’ai rien trouvé de mieux que de laisser la salive couler. Elle s’est frayé un chemin depuis le cou jusqu’à la fente des seins et cela m’a apaisée.
Je me suis demandé dans quel état je serais lorsqu’on viendrait me chercher. Je n’allais pas pouvoir bouger, sans compter qu’il y aurait sur le pouf un cerne plus foncé. J’ai voulu savoir s’il en était de même pour mon hôtesse. Je l’ai regardée et j’ai su qu’elle baignait aussi dans sa glaire. Pourtant il n’en paraissait rien. Elle n’avait pas, comme moi, la salive qui lui coulait. Mais l’odeur la trahissait. Il y avait dans l’antichambre deux femelles suintantes aux odeurs piquantes.
Elle se tenait toujours les seins à deux mains et j’ai compris pourquoi quand j’ai senti gonfler les miens. C’est aux mamelons qu’est d’abord apparue la sensation de pincement qui m’a transpercé la chair jusqu’en dessous des bras. Je me suis mise à râler, le râle de la femelle qui a besoin de se soulager. L’hôtesse goulue, aussitôt, est venue s’agenouiller pour prendre la tétée. Elle exprimait le contentement sans le moindre son. Elle avait les yeux fermés de qui est en train de transcender. Était-ce affaire de sa technique particulière, était-ce la boisson ? Il se dégageait de mes mamelons de fines traînées de lait qui se répandaient jusqu’aux ourlets.
Il y a eu, ainsi, quelques minutes de paradis. Je mourais d’envie de palper sous la culotte la divine féline. J’ai osé un geste. J’ai fait courir mes doigts, toujours trop froids, sur le nylon de ses bas. Elle n’a pas répondu de son corps mais de sa bouche, me tiraillant les mamelons avec plus de pression.
J’avais commencé à lui remplir le vagin, le cœur chaviré d’émotion, un doigt, puis deux, puis trois, quand elle se cabra.
– Vous entrez, vous marchez. C’est très simple, vous verrez.
Sur ce, elle s’est relevée, en se passant la main sur la bouche pour l’essuyer. Je l’ai regardée s’en aller. J’avais la bouche grande ouverte tellement j’étais hébétée qu’elle n’ait pas, comme moi, le désir de rester enlacée. Elle balançait ses formes rondes avec grande élégance, malgré sa robe mouillée à la hauteur du fessier. J’aurais tout donné pour pratiquer son métier à longueur de journée et être, comme elle, une femelle expérimentée.
Ils m’ont laissé quelques minutes pour m’arranger, puis ils sont venus me chercher. À ce moment-là, mon talon s’est décollé, mais cela ne m’a pas empêchée de marcher. L’homme était de taille moyenne qui me demanda de le suivre. Cela m’étonna. Je m’attendais à ne voir là que de grands baraqués.
La pièce où il me fit entrer était sombre et profonde. Le long du mur qui me faisait face, il y avait, sur une table, un bouquet de lilas. Je l’ai fixé comme si ma vie en dépendait. Mais je ne l’ai pas fixé longtemps. Quelqu’un a dit :
– Enlevez-ça.
J’ai pensé qu’il devait s’agir de ma veste. En tout cas, c’est ce que j’ai enlevé, pour la donner au taille moyenne qui se tenait à mes côtés. Je portais en dessous une combinaison de soie toute plissée parce qu’elle était trempée.
Un autre homme s’est approché, frisé et costaud celui-là. Il tenait une serviette éponge. Il avait les yeux d’un gris acier. Assez curieusement, j’ai imaginé qu’il était ingénieur des ponts et chaussées. Il m’a passé la serviette sous les bras. Cela me les a fait lever et sans transition il les a rabaissés, comme un infirmier blasé qui lave des malades à longueur de journée.
Un troisième a fait quelques pas vers moi. Il m’a examinée et m’a pétri les doigts. Il a testé, à mon slip, la souplesse du lycra, puis a fait signe au costaud frisé. On aurait dit que les minutes étaient comptées. Et de fait elles l’étaient, car au même moment mon vagin se dilatait. J’en ai eu les genoux pliés. Le hommes, sans tarder, ont opéré. Je me suis retrouvée avec des mains dans le dos pour s’occuper de la fermeture éclair de ma jupe. Comme elle ne glisse pas bien, ça leur a pris du temps avant d’y arriver.
Les pressions s’accentuaient. Je savais que je n’aurais pas la force de me contracter longtemps. J’ai échappé quelques onomatopées de femelle en train d’agoniser. Un des hommes s’est penché pour enlever mon slip. Il a saisi ma cheville avec fermeté afin de m’écarter les jambes. Il m’a installé la serviette en m’intimant l’ordre de tout laisser couler.
L’histoire de la serviette m’a rassurée : toutes les femelles devaient donc mouiller comme moi. Je m’en suis donné à cœur joie. L’évacuation fut violente et instantanée. Elle me racla les parois. La serviette absorba le plus gros du liquide chaud, le reste coula sur des mains, des bras, mes bas. Il n’y eut pas de paroles mais des mouvements d’approbation, des appréciations de connaisseurs. Les mains qui tenaient la serviette finirent par la laisser tomber. Cela fit un bruit flasque de mollusques et d’algues.
J’avais l’impression de m’être liquéfiée, de leur avoir tout donné. Je me sentais faible et assoiffée. J’aurais bien avalé quelques gorgées de coca-cola, mais je n’ai pas osé le demander. Les hommes, eux, vaquaient déjà à d’autres occupations.
Il était question de numérotation dans leur préparation qui consistait à ouvrir et fermer des boîtiers. Un des hommes, de tempérament directif, annonça que l’on commencerait par le numéro six. Sans que l’on ait besoin de me l’indiquer, je suis retournée à la table aux lilas. Le gris acier s’en est approché, il m’a ordonné de m’étendre et de m’écarter. Je n’avais pas fini de m’installer qu’il passait un doigt entre mes lèvres enflées. Il les a étirées pour enfoncer le six, après quoi il s’est éloigné.
– Relevez-vous, m’a-t-il dit encore. Et contractez les muscles pour l’empêcher de tomber.
On avait choisi un godemiché modèle réduit, à peine plus gros qu’un kiwi. Il se terminait par deux petites boules ridicules imitant les testicules. Cela m’a excédée. J’ai voulu l’évacuer. J’ai donc fléchi les jambes comme un lutteur sumo. Je me suis redressée et j’ai recommencé, jusqu’à ce que le godemiché finisse par tomber. Les hommes ont rigolé et le costaud frisé est venu m’enfoncer le huit sur-le-champ.
Au premier frottement des cuisses, j’ai senti qu’il s’en dégageait des ondes de chaleur qui me dissolvaient l’intérieur. Elles me faisaient les jambes en coton tellement c’était bon. Ma salive s’est remise à couler. J’aurais voulu baver tranquille, écrasée, immobile. Mais le gris acier a devancé mes pensées :
– Vous êtes ici pour marcher. Marithé vous l’aura sûrement mentionné.
J’ai eu l’impression qu’il surveillait ma réaction en prononçant son nom. Le fait de parler d’elle me fit constater, je ne sais trop par quel enchaînement d’idées, que ces hommes-là n’avaient pas même jusque-là touché leur pénis du bout des doigts. Ils me remplissaient, me regardaient, cela leur suffisait. Je me suis dit qu’ils devaient être fifis.
De fait, le directif fit signe au costaud frisé de s’approcher. Ils formaient un drôle de couple à cause de leur taille disproportionnée, le directif étant plutôt courtaud. De son côté, le taille moyenne s’approcha d’un type que je n’avais pas eu la chance de remarquer. J’ai arrêté de marcher pour les regarder s’adonner à la même activité : se frotter le sexe à travers le pantalon.
Il devait s’agir d’un scénario bien ficelé parce que c’est le moment qu’a choisi l’hôtesse pour faire son entrée. Les hommes étaient en train de s’embrasser. On entendait dans la pièce des mouvements de langue, des frottements de tissu, des soupirs excités. Mais le directif s’est dégagé des bras du costaud et l’autre couple s’est aussitôt séparé. Tous les quatre, ils sont venus l’examiner.
Elle avait la robe qui lui pointait par-devant parce qu’elle portait un godemiché. Ce n’était pas le modèle petit fruit comme le mien. C’était l’attirail qui s’attache à la taille avec une ceinture, faisant sous la robe une drôle d’avancée. Ils étaient en train de lui enlever ses vêtements. Cela voulait dire que dans quelques instants il y aurait, aux pieds des mâles désintéressés, deux femelles fusionnées. L’hôtesse, qui affichait des airs d’indépendante, avait néanmoins la narine palpitante.
À partir de là, les choses se sont précipitées. Après quelques mouvements, j’étais étendue sous Marithé. Son godemiché était peut-être de calibre dix parce qu’il entrait difficilement. Elle a pris plaisir à pousser, à forcer, comme s’il s’agissait de sa membrane qui devenait irritée. Ce n’est pas l’enfoncement qui m’a fait de l’effet, mais l’écrasement de ses seins sur les miens. Elle a bougé du bassin, des reins, des mains. J’étais infiniment bien. Les hommes, eux, avaient recommencé de se frotter. J’ai ouvert la bouche. Elle m’a embrassée.
Pour retarder l’orgasme que je sentais monter, j’ai eu recours à mon petit cinéma qui se déroule dans un pays d’Afrique. Je marche sous le soleil de la savane. Je rencontre un chasseur qui est sur la piste d’un félin. Le chasseur est nerveux parce qu’il a faim, mais il accepte que je l’accompagne. Quand vient le moment, cependant, de tirer sur une lionne, mon coeur se casse en mille miettes et je le fais exprès de marcher sur une branche sèche. Le chasseur n’est pas content, il se venge en me prenant de force, là, à même le sol. Et c’est toujours au moment où il s’apprête à me pénétrer que je jouis sans retenir mes cris.
J’ai crié. L’hôtesse a accéléré les coups du godemiché. Elle m’a laissée me reposer, puis elle m’a regardée. Elle a souri et m’a dit à l’oreille :
– Vous voyez, vous vous en êtes bien sortie. Faites-moi penser de vous remettre votre sac, en sortant. Il est resté dans l’antichambre.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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