Une femme au Savanah’s – 2013

La dernière fois que j’ai vu un film de Raymond Depardon remonte à l’hiver 2009. Je sortais de mon cours de sculpture, à l’UQÀM. Pour une fois que je n’étais pas chargée comme un mulet, je suis allée flâner chez Archambault, métro Berri. Je ne sais pas si la nostalgie y est pour quelque chose, mais j’ai acheté sur DVD La vie moderne, même s’il coûtait plus de 30$. Ça m’arrive, de dépenser sur un coup de tête. Le film, réalisé en 2008, nous fait rencontrer des paysans de la région des Cévennes et du Massif central. J’en ai retenu que le milieu rural dans lequel évoluent ces gens va s’éteindre lorsqu’ils vont s’éteindre eux-mêmes. D’ailleurs, plusieurs sont pas mal vieux et pas mal sourds.
Sur le coup, j’ai trouvé que je n’en avais pas eu pour mon argent. Le documentaire n’est pas très long et de précieuses minutes sont consacrées, en introduction, à de lents travellings sans paroles. J’ai revu le film peu de temps après avec un ami, qui l’a beaucoup aimé. Comme j’ai eu envie de le réécouter en boucle, notamment parce que la soirée était encore jeune, et que l’ami avait beaucoup aimé, j’en déduis, finalement, que le film me plaît.
La première fois que j’ai vu un film de Raymond Depardon, j’étais étudiante à Aix-en-Provence. Ça, c’est une autre paire de manches. J’avais 26 ans. Je me revois en début de soirée, en octobre, marchant sur le Cours Sextius en direction du cinéma de répertoire. J’étais accompagnée d’Emlyne, seule autre Québécoise cette année-là à Aix, et d’Ingrid, une étudiante allemande aux cheveux blonds-blancs que j’hébergeais dans mon 1½ pullulant de cafards. Ma vie était d’une richesse insoupçonnée à cette époque, parce que je ne me rendais pas compte qu’il faudrait, un jour, que je la gagne en travaillant. Maintenant que je peux mesurer le haut niveau d’usure mentale que représente l’obligation de gagner ma vie, je me remémore avec tendresse cette Lynda insouciante qui se rendait voir Une femme en Afrique.
Dans ce film, Françoise Prenant interprète le rôle d’une femme à la dérive. On la découvre dans une sorte d’errance, à peine capable de se payer un paquet de cigarettes. On la voit, en gros plan, descendre d’un train et marcher sur le quai d’une gare dont l’état est pitoyable. Elle atteint rapidement la hauteur d’un enfant qui joue avec des billes. On comprend qu’il fait chaud et lourd au nuage de mouches qui bourdonnent autour du visage de l’enfant. Par opposition, la démarche de la protagoniste est preste et légère. Elle parcourt une courte distance, un sac en bandoulière appuyé sur la hanche, et atteint rapidement le seul établissement de la place. Le scénario tient en quelques mots : sensible aux conditions de vie précaires de cette femme, un homme l’héberge et tombe amoureux d’elle. Classique. Il y a une petite prouesse cependant dans le film, c’est que l’homme en est absent. Ses sentiments sont exclusivement transmis par les mouvements et les images de la caméra, il n’y a même pas de voix off. Comme l’indique le titre, l’histoire se déroule en Afrique, et plus particulièrement dans l’établissement le Savanah’s, sorte d’hôtel, café, bar tabac. En gros, c’est une histoire d’amour en huis-clos, à la facture plutôt austère. Nul zèbre, nulle girafe, nulle antilope ne viennent chatouiller l’œil du cinéphile.
– Dis-moi pas qu’on a payé pour ça, avait été la réaction d’Emlyne à la sortie.
Moi, j’avais aimé. Tout se déroule à ce point lentement dans le film qu’on se fait de l’Afrique l’impression d’une terre engluée. Ce continent aurait beau se caractériser par sa vie trépidante et accélérée, je demeurerais convaincue, tellement le rythme du film m’a marquée, qu’il évolue à une vitesse de tortue.
Je venais d’arriver à Aix pour y poursuivre mes études de deuxième cycle en littérature. Je me voyais fort bien, un jour, collaborer à des scénarios avec des Raymond Depardon, ou des Raymond Jean, ou d’autres experts des lettres ou du cinéma. Il ne faisait pas de doute que ma nouvelle vie en ville universitaire allait m’amener à les fréquenter.
Or, nul expert, nulles girafe ou antilope ne sont venus enrichir mon existence, et j’ai maintenant 54 ans. Ce n’est pas facile de vivre comme je le fais avec le sentiment de ne pas avoir trouvé ma vocation, ou, pire, de ne pas en avoir. J’ai tracé ma voie pas à pas, laborieusement, sans qu’un seul bond jamais ne me transporte vers une nouvelle contrée. Du coup, je me demande quelle est la Lynda à laquelle je n’ai pas donné vie. Quelle est la Lynda qui attendait de s’exprimer et qui est restée réprimée là, coincée dans le fond, morte d’inanition. Qu’aurait-elle fait, avoir eu accès aux ailes dont elle avait besoin ? Comment me vivrais-je dans le corps d’une femme épanouie, et jusqu’où irais-je ?
Je n’en ai aucune idée. Je ne dispose que des inventions de mon imagination pour avancer quelques hypothèses. Selon celle qui revient le plus souvent, la Lynda épanouie est chef d’une petite entreprise dont l’activité principale pourrait être joliment paraphrasée par «le plus vieux métier du monde».
Me voici Lynda escorte, en quelque sorte, hôtesse ou geisha. D’ailleurs, par coquetterie et exotisme, je m’appelle maintenant Lyncha. Mes clients sont riches, cultivés. Plus très jeunes, ils ont lu, autrefois, Hemingway. On ne s’étonnera donc pas qu’ils soient adeptes de safaris. Bon an mal an, ils partent un long mois, l’un au Botswana dans le désert du Kalahari, l’autre au Kenya, un petit groupe au Zimbabwe. Mon client le plus fidèle, adepte du Botswana et spécialiste des Bochimans, pour le peu qu’il en reste, est ethnologue de formation. Il s’intéresse davantage, on l’aura compris, aux ethnies qu’aux safaris. L’année dernière, il m’a proposé de l’accompagner, tous frais payés. J’ai accepté.
Les premiers jours de notre séjour, nous avons vécu comme un couple ordinaire. Le décalage horaire, la chaleur écrasante, l’accablement du voyage causé par de longues attentes aux aéroports, ont eu raison de notre forme physique. Nous sommes arrivés à moitié morts, autrement dit. Je ne veux pas laisser entendre que les couples ordinaires sont à moitié morts, de façon générale. Je veux simplement dire que les premiers jours de notre arrivée, les services de ma petite PME n’ont pas été sollicités.
Au bout de quelques jours, la libido de l’ethnologue a refait surface. Cela a fait mon affaire car les conditions de touristerie qui étaient les nôtres allaient à l’encontre de mes valeurs. 
Nous roulions en effet dans le désert à des vitesses de fou, en soulevant des nuages de poussière, dans une Land Rover de l’année, climatisée et avec vitres teintées tout le temps fermées. Pour un ethnologue, quelle étrange manière d’entrer en contact avec les gens ? La reprise de mes activités professionnelles allait me permettre de me changer les idées.
Un midi que nous partagions un repas frugal, l’ethnologue m’a fait savoir qu’il voulait me présenter quelqu’un, un tanneur de peaux. Il pouvait nous y conduire en moins d’une heure. J’ai fait signe de la tête que je comprenais. Sitôt nos dernières bouchées avalées, nous étions dans le véhicule, direction le tanneur.
Je fus la première à le distinguer au loin. Il était accroupi, nu, quoique portant, j’allais le constater en le voyant de près, quelques lanières de cuir à la taille et à l’entrecuisse, comme une parure de guerre. Il n’a pas levé la tête à notre arrivée, ayant peut-être l’habitude des touristes qui le photographient en lui posant des questions dans une langue qu’il ne comprend pas. Il nous a laissés descendre et claquer les portières en continuant d’assouplir le morceau de cuir qu’il avait étendu à ses pieds. Aux deux jugulaires saillantes qui lui palpitaient dans le cou, à chaque fois qu’il renouvelait son mouvement des bras, j’ai réalisé que la force requise pour tanner une peau n’est pas insignifiante.
L’ethnologue, en tout cas, n’a pas perdu de temps. Il se tenait debout derrière le tanneur accroupi, de telle sorte que ce dernier ne le voyait pas. Il a baissé son pantalon. Moi-même, qui avais l’ethnologue dans mon champ de vision, je n’ai pas entendu le son métallique qu’aurait pu faire la boucle de sa ceinture, ou le son plus léger de la fermeture éclair qu’il a fait glisser. Voilà qu’il avait le pantalon baissé, en un tas sur ses bottes de cuir, et le pénis gonflé de sang qui déjà se dressait. Le tanneur n’a rien vu, mais il a senti l’odeur du mâle qui veut délimiter son territoire. En moins de deux, il s’est retrouvé sur ses pieds, découvrant le pénis turgescent.
Deux pénis, ainsi, se faisaient face. Celui du tanneur, cependant, rabougri, plissé, presque gris, ne faisait pas le poids. Comme, sur la question des principes et des valeurs, je penchais en faveur du tanneur, et voulant me distancier de l’envahisseur, j
e suis allée lui prêter main-forte. Il me faisait dos. M’avançant doucement, je lui ai effleuré l’épaule. Il m’a laissée faire. Malgré la température dans les 50°C, mes mains étaient glacées, sous l’effet de la nervosité. C’est toujours comme ça la première fois que je touche un client. Par un frôlement délicat, j’ai visité la raie de ses fesses, qu’il avait poilue, et le contour de ses boules, qu’il avait humides et chaudes. J’ai testé l’élasticité de ses lanières, en me collant un peu plus à son corps.
Mes vêtements de lin séparaient nos épidermes. Je n’aurais pas voulu qu’il en soit autrement car le tanneur dégageait une forte odeur de fauve, de crasse, de sang séché et peut-être bientôt de sperme. L’ethnologue avait maintenant le regard qui lui changeait et le pénis qui laissait s’écouler, par-ci par-là, une goutte de liquide séminal. Pour dire à quel point la chaleur était celle d’un four, la goutte séchait avant que d’arriver sur le sable, ou sur le pantalon ravalé, ou sur les bottes. Le tanneur secouait les épaules, non pour s’en prendre à l’autre mâle agresseur, mais parce que telle était sa manière d’exprimer son excitation. Ma main s’est faite plus galbante, plus efficace dans le frottement des testicules l’un sur l’autre. Des sons maintenant sortaient de sa bouche, des sons étranges, des petits cris de souris.
De toute la force de mon index en forme de crochet, j’ai tiré sur ses lanières plusieurs fois pour simuler une flagellation. Il en a sautillé. En ne lâchant pas ses boulettes d’une main, j’ai enduit de salive l’index de l’autre main. Je me le suis promené lentement dans la bouche en réprimant un haut-le-cœur. Il est surprenant, je sais, qu’une gestionnaire de PME sexuelle réprime un haut-le-cœur pour aussi petit qu’un doigt, quand furent sucés je ne sais combien de pénis. Mais c’est comme ça. Une fois l’index lubrifié, je l’ai dirigé vers l’anus du sautillant. Son corps a absorbé mon enfoncement avec volupté. Les cris de souris sont devenus beuglements guerriers.
Ni l’ethnologue ni le tanneur ne faisaient un pas pour se rapprocher. L’ethnologue ne le pouvait pas, à cause du pantalon ravalé sur ses bottes. Et le tanneur était trop en transe pour y penser. Maintenant que son pénis était bandé au maximum, je constatais qu’il était d’un format pas mal plus impressionnant que celui du blanc.
– Il peut bien rouler en Land Rover, me suis-je dit à propos de l’ethnologue qui, conformément aux séculaires préjugés de grosseur, se présentait à mon esprit, tout d’un coup, comme un être à la virilité menacée.
M’en voulant aussitôt d’entretenir des pensées mesquines, j’ai déboutonné mon chemisier pour frotter mes mamelons contre le dos du tanneur. À cause de son type de peau très granulé, il me semblait que mes mamelons rebondissaient plutôt qu’ils ne glissaient. J’étais de plus en plus mouillée, et d’autant incommodée par l’humidité dans ma culotte qu’il me tardait d’enlever.
Je me demandais si l’envie de m’enconner, j’aurais souhaité brutalement, inciterait le tanneur à se tourner vers moi. Ce fut le cas. Laissant là l’ethnologue qui maintenant se masturbait, la main allant et venant, le tanneur a tenté de me prendre. Or, les Bochimans sont petits. Je suis de taille moyenne. Ma vulve s’est trouvée trop haute par rapport à la longueur de ses jambes. De plus, à part mon chemisier déboutonné, j’étais encore tout habillée. L’ethnologue y est allé de quelques directives.
– Déshabille-toi, m’a-t-il dit, étendez-vous, enlève tes lunettes fumées. Je veux te voir sur lui, et pas l’inverse.
Le tanneur a compris que j’installais les conditions propices à notre accouplement. Il est resté debout, les bras ballants, exhibant son trophée. Je me suis déshabillée. J’aurais voulu observer son visage, mais, les yeux plissés, je ne voyais rien sans mes lunettes fumées. Je n’avais pas encore retiré mon slip que, surprise, le tanneur s’étendait de lui-même, comme s’il savait que l’ethnologue voulait le voir en-dessous. Mais peut-être voulait-il me protéger des herbes qui piquent la peau. Le désert du Kalahari, en effet, est davantage une étendue de végétation sèche et touffue que de dunes de sable lisse. Du coup, j’ai enjambé son corps sans enthousiasme.
– Il doit faire ça à longueur de semaine, ai-je pensé, déconcertée qu’il prenne les devants si docilement.
J’étais déçue, en somme, de ne pas être tombée sur un échantillon ethnique authentique, non contaminé par les pratiques de nos sociétés. L’ethnologue, lui, s’en fichait, pourvu que, dans les prochaines minutes comme il le pressentait, les coulées de sperme le libèrent d’une tension qui lui faisait battre le cœur de plus en plus vite.
Dans mon mouvement pour enjamber le tanneur, ma vulve a accroché le gland. Mesurant alors à quel point j’allais être remplie, et oubliant tout, les Land Rover, les ethnies, la touristerie, je me suis découvert un grand appétit. Sans avoir à écarter mes lèvres, ou à tirer sur un poil récalcitrant, j’ai enrobé le premier centimètre du gland, et je me suis retirée, et j’ai recommencé. Nous formions un couple intéressant. Les doigts triturant des herbes et traçant des cercles sur le sable, le tanneur esquissait un sourire, les yeux fermés comme un jeune communiant. Pour ma part, voulant me protéger les mamelons d’un coup de soleil, je me croisais les bras sur le torse dans une pose de madone. En fin de compte, tout se passait par en-dedans. Mes muscles vaginaux enserraient la grosse queue, la desserraient, la resserraient, et en réponse la grosse queue palpitait et me battait les parois. Avons-nous été en transe et si oui pendant longtemps ? J’étais de tout mon corps appuyée sur le pubis du tanneur, enfoncée à ne plus pouvoir bouger, lorsque l’ethnologue a dit quelque chose que je n’ai pas compris. J’ai entendu sa voix, mais ça s’arrête là.
– Retiens-toi de jouir, concentre-toi, ai-je répondu à tout hasard, m’adressant peut-être à nous trois. Des aiguilles te transpercent le sexe, essaie de les ressentir chacune, concentre-toi sur ça et tu ne jouiras pas. Attends, retarde, retiens-toi.
L’ethnologue, en entendant ça, a déchargé à pleine capacité, en émettant un râle que je ne lui connaissais pas et qui m’a inquiétée. Il n’était plus très jeune, nous étions assommés par la chaleur, on n’avait rien bu depuis plus d’une heure… Pas fou, le tanneur en a profité pour éjaculer aussi, sachant que le patron de la Land Rover, repu, ne tarderait pas à vouloir s’en aller. On l’entendait d’ailleurs qui remontait son pantalon avec précipitation. Il devait mourir de soif. Les jets généreux de la grosse queue s’étaient-ils à peine exprimés qu’ils me sortaient du vagin et me coulaient sur les cuisses. J’aurais voulu essuyer les écoulements avec des feuilles d’acacia, ou autre type de feuille, mais le tanneur ne m’en a pas laissé le temps. Il me tendait mes vêtements et semblait avoir peur que l’ethnologue parte sans moi. Ou que l’ethnologue, subitement blanc comme un drap, perde connaissance avant d’atteindre le volant. Se relevant avec souplesse, il s’est empressé de m’accompagner jusqu’au véhicule, côté passager, m’ouvrant même la portière.
Je ne retiens que cette image, dans la confusion de la scène finale : un tanneur nous fait signe de la main gauche en guise d’au revoir, tient-il une liasse de billets de la main droite dont les doigts semblent se fermer sur quelque chose ? Peu importe, ce ne sont pas ses mains qui attirent le regard, mais le sexe en pleine forme, érigé droit devant, dont les tressautements ressemblent à autant de ricanements.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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5 réponses à Une femme au Savanah’s – 2013

  1. aclouatre dit :

    Dé-chaînée. Tu es déchaînée et tu te donnes de l’espace pour vivre. C’est ce que j’aime!

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    • Badouz dit :

      Mon cher André, j’ai passé de belles journées d’écriture sur ce texte, j’étais au paradis ! Je te remercie d’être là. Je suis en convalescence et hors-circuit jusqu’à la fin de septembre. Ça se passe bien. J’ai hâte de te voir.

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  2. Badouz dit :

    L’homme qui a plutôt quoi ? L’homme qui a jeté son anneau de fiançailles ? L’homme qui m’a acheté La délicatesse ? L’homme qui m’enlaçait si tendrement la nuit ? Quel homme ? Où est-il ?

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  3. Tu ne voudrais pas m’écrire en privé à mon adresse courriel ? Ou sur Facebook mais en conversation privée ? J’aurais des choses à t’exprimer.

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