RVM – 24

Je vis en convalescence comme je vivais autrefois étudiante au temps du baccalauréat, les journées que je restais à la maison pour écrire mes dissertations. J’avais vingt ans. J’étudiais la littérature française à l’Université Laval. Je n’ai souvenir d’aucun cours qui m’ait réellement intéressée, mais je me penchais avec passion sur mes lectures et sur mes dissertations. J’obtenais souvent la note A ou A+, je l’ai déjà écrit. Je donnais mes copies corrigées aux étudiants qui me les demandaient.  Je n’étais pas capable de me relire tellement je trouvais que mon écriture était nulle. On appelle ça l’amour de soi.
Au plus fort de la canicule, j’ai installé mon quartier général dans la salle à manger, là où le soleil tape le moins entre 12 et 18 heures. Mon ordinateur portable est en permanence au bout de la grande table, tout près de la fenêtre. Quand il y a du vent, le rideau se gonfle et me caresse le visage.
Je regarde autour de moi et tout y est, comme au temps de mes vingt ans : sur le comptoir qui sépare la cuisine de la salle à manger, je remarque mon appareil photo. Sur la petite table ronde de la cuisine, les cahiers de mon nouveau joujou La Presse sont étalés. À côté d’eux, un Larousse 2010, donc pas trop vieux, attend d’être consulté. Sur un des murs de la salle à manger, Emma a installé un support pour sa guitare, et un autre pour son yukelele. C’est une salle à manger à vocations multiples, dans laquelle, d’ailleurs, on ne mange jamais. À côté des instruments, quelques-unes de mes toiles couvrent les murs, dont celle des Continents qui se côtoient que j’ai transformée assez d’être opérée. Elle se lit maintenant à la verticale. À l’autre bout de la table traînent des tubes d’acrylique et des contenants de pigments secs, des pinceaux, des bouteilles de polymère. Dans le salon en ce moment, mais plus tôt dans la journée il était sur le comptoir à côté de l’appareil photo, la biographie de Ferré écrite par Robert Belleret. Il y a même, dans le lecteur de mon ordinateur, mais il faut le savoir car ça ne se voit pas, le DVD des Parisiens, de Lelouch.
Lecture, peinture, écriture, musique, photo, cinéma, tout y est. Je me vis en convalescence pratiquement comme en vacances, ou comme en retraite un peu fermée puisque je suis souvent seule, ou comme en stages de ressourcement.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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