Jour 1 748

À l’Hôtel-Dieu à 19 ans, je trouvais quand même étrange qu’il me soit agréable d’être observatrice de tout, et initiatrice de rien. À cet âge, on a normalement envie de s’épivarder, de sortir, de tout essayer. Delphine avait 19 ans elle aussi quand elle a été hospitalisée. Elle ne le sait pas, mais à l’instar de Josèphe, elle est devenue ma nouvelle amie. Elle écrit dans Jours sans faim qu’elle n’avait plus envie d’exister, qu’il lui semblait ne pas mériter de vivre, qu’elle ne se sentait pas capable de prendre de la place. Que la moindre place qu’elle occupait était une place volée au restant de l’humanité. Autant de choses presque banales pour qui ne se porte pas bien, choses que j’ai dites en psychanalyse, et combien d’autres aussi les auront dites avant et après moi. À 32 ans, j’ai rencontré Jacques-Yvan. Je lui ai écrit une belle lettre d’amour enflammé à une période où nous allions passer un été sans nous voir. Je lui exprimais que je désirais qu’il me porte en lui. Pour qu’il ne me trouve pas trop accaparante, trop passionnée, trop exigeante, je prenais soin de lui préciser qu’une toute petite place me suffirait. Il m’avait répondu qu’il désirait, au contraire, que je prenne toute la place dans sa vie, me faisant ainsi sombrer dans un climax de perplexité.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 1 748

  1. Avatar de Renée Tremblay Renée Tremblay dit :

    ….où nous allions passer un été sans (nous) voir…
    Il manque le nous. Déformation professionnelle.
    XXXX

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