Jour 1 755

À mon retour de convalescence, au début de l’automne, en supposant que je passe bientôt sous le scalpel, je vais entamer, en gros, mes dix dernières années de vie professionnelle à l’université. À moins d’un revirement majeur que je me sens incapable d’initier –et que je ne serai pas plus capable d’initier une fois munie de ma nouvelle valve métallique garantie 100 ans–, à moins d’un miracle, à moins d’un changement draconien d’orientation en matière d’embauche dans mon milieu de travail, je ne vois pas comment je pourrais occuper un autre poste. Au mieux, on va me maintenir sur le mien jusqu’à ce que la direction de mon service, fatiguée d’attendre, m’invite à signer mon départ à la retraite. Et si je ne signe pas, ayant besoin d’années de travail supplémentaires pour bénéficier d’une retraite plus confortable, il n’est pas exclu que l’on m’installe dans un fond de corridor, le corridor qui mène au palier du départ définitif. Je pensais à ça en fin de semaine. À mon retour de convalescence, je vais venir faire du temps à l’université. C’est déprimant ! Ça veut dire que je n’aurai pas connu ça, au cours de ma vie terrestre, une expérience de travail qui me stimule, qui me fasse grandir, qui me mette en contact avec des gens et des idées, qui fasse de moi une personne allumée. J’aurai passé ma vie en ne comptant que sur moi-même pour ne pas trop m’éteindre, utilisant pour ce faire les moyens para-professionnels de type écriture et peinture qui sont à ma portée, activités solitaires s’il en est. Je n’aurai pas connu la sensation d’être perçue comme étant une employée compétente de laquelle jaillit un peu de lumière. J’aurai essentiellement, mises à part quelques années de plaisir, rasé les murs de couleur jaunâtre des deux édifices qui m’auront hébergée. Hum… il y a là matière à réflexion, il y a là de quoi m’occuper mentalement quand je serai à l’hôpital sur le grabat, si la douleur, évidemment, ne prend pas toute la place.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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1 Response to Jour 1 755

  1. Ça donne envie de venir te chatouiller. Tu en aurais bien besoin!

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