Jour 1 759

Tiens, tout d’un coup, depuis disons 15 heures, je vais mieux. Ma dépression nerveuse s’est évaporée. Mélina, ma psy d’autrefois, me demanderait de mettre le doigt sur un événement qui pourrait être à l’origine de ce changement. Même pas un événement, peut-être juste un son, un regard, une odeur, un presque rien. Pas besoin de chercher de midi à quatorze heures, l’expérience aidant, je sais très bien qu’est-ce qui est à l’origine de ma résurrection : j’ai travaillé avec deux collègues optimistes, à l’esprit ouvert, d’attitude non répressive et non catastrophiste, des collègues qui sourient, qui ne verbalisent pas de menace et de mise en demeure, qui accueillent l’élan, la vie, l’enthousiasme au lieu de les piétiner et de les réprimer. C’est juste ça.
J’ai aussi vu mon dentiste ce matin, pour un petit morceau de molaire qui s’est détaché. Il avait tellement bavardé avec les patients précédents qu’il n’a pas eu le temps de me soigner. Il m’a donné rendez-vous la semaine prochaine et cette fois-là il va réparer ma dent.
Mon état résurrectionnel est certes agréable à vivre, mais la presque mort qui le précède est pas mal chiante. Le pire, c’est que la presque mort est un phénomène qui se manifeste depuis toujours dans ma vie et contre lequel je me trouve, à 54 ans, aussi peu armée. Au mieux, disons que je presque meurs moins longtemps. J’ai souvenir d’une remarque formulée il y a longtemps par un membre de ma famille. Elle était anodine, avait trait à l’entretien des maisons en général, mais elle était exprimée sur un ton d’une grande véhémence répressive. Je ne sais pas si ma grappillette me suit, une véhémence répressive. En tout cas, j’avais été touchée en plein cœur par le ton, plus que par les paroles, un ton dont on pourrait dire qu’il tue le désir dans l’œuf. Cela m’avait valu un état d’inertie d’une semaine, je n’exagère pas, que j’avais passée sur le canapé, chez papa, pendant les vacances de Noël.
Le constat qui s’impose au terme du long paragraphe précédent, c’est que les collègues à la langue fourchue et aux intentions malveillantes ont un pouvoir excessif sur ma personne. Maudit bâtard.
Autre constat : je me saigne à vouloir changer des situations et des gens dont on sait qu’ils ne changeront pas. C’est plus fort que moi.
– Vous êtes idéaliste, m’a déjà dit ma femme médecin.
C’est parce que je suis idéaliste, effectivement, que j’ai pleuré à gros sanglots dans le bureau de la patronne. Je voulais que nous partagions ma vision d’une réunion qui venait d’avoir lieu, de manière à préparer le terrain à des réunions pendant lesquelles seraient dorénavant préconisés l’ouverture d’esprit et l’esprit d’équipe. Or, elle n’a pas saisi la teneur de mes propos. Au terme de mon laïus, elle m’a demandé si j’avais des problèmes dans ma vie personnelle !

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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1 Response to Jour 1 759

  1. Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

    Je pense qu’en vieillissant, je veux dire en devenant pas mal plus vieux (ou vieille) que tu ne l’es présentement, certains de ces mauvais souvenirs s’effacent de notre mémoire. Ils deviennent si flous, si diffus, se fondent tellement dans notre « fond d’écran », qu’ils ne nous affectent plus; ils n’ont plus de prise sur nous. Tu as encore un peu de chemin à faire avant de pouvoir bénéficier de ces améliorations; mais ça vient avec un coût élevé: on oublie aussi les bons souvenirs. On oublie un peu de tout. Tout ce qui est derrière devient enveloppé d’un épais brouillard. J’imagine que si on vit trop longtemps, on finit par être vide dans la tête. Alors on peut peut-être considérer les mauvais souvenirs comme des signes positifs d’une assez bonne santé mentale!

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