Jour 1 760

Je fais peut-être une dépression nerveuse. J’en fais peut-être une depuis toujours et j’aurais appris à vivre avec, en souffrant passablement jusqu’à quarante ans, et moyennant l’utilisation adjuvante de mes antidépresseurs par la suite ?
– Tu devrais peut-être faire doubler ta dose ?, me suggère Clovis à la recherche d’une forme quelconque de soulagement.
Ça fait deux fois que je pleure toutes les larmes de mon corps devant la patronne. Voilà qui commence mal ma troisième année d’écriture ! La deuxième fois, je suis même sortie de son bureau en hoquetant. Heureusement, je porte des lunettes. Je me mouche, je renifle, je m’essuie le visage aux toilettes des dames, je remets mes lunettes. Regardant mes pieds pour ne pas trop exposer mon visage, je reviens m’installer à mon bureau devant mon ordinateur et je continue mes publications institutionnelles. Ni vu ni connu, les collègues ne s’aperçoivent de rien.
Finalement, le leitmotiv de ma vie, c’est : Comment ça se fait ? Comment ça se fait que je ne peux pas contourner un aspect problématique au travail, alors que tout le monde le peut ?
– Comment ça se fait que tout le monde le peut, sauf moi ?, ai-je dit à la patronne.
C’est à ce moment-là que les hoquets ont commencé, exprimant à la fois le summum de mon impuissance et de ma perplexité. Puisque tout le monde le peut sauf moi, c’est qu’il me manque un chromosome quelque part.
Comment ça se fait que je m’accroche les pieds, que je tombe et m’écorche les genoux sur une surface lisse que tout le monde piétine sans jamais s’accrocher nulle part ?
Il faut savoir lâcher prise, se diront la majorité des lecteurs de ma grappillette.
Je veux bien, mais à part voir les choses avec philosophie, ne pas entrer dans des guerres de clochers, avoir peu d’attente, se concentrer sur l’opérationnel, ne jamais entrer dans le relationnel conflictuel, laisser le champ libre aux personnalités qui ont besoin de toute la place, développer le détachement, choisir ses combats et s’entourer de collègues envers lesquels on a confiance, je ne vois pas ce que je peux faire de plus.
Pas facile d’être une extraterrestre, un drôle d’animal, l’unique représentante de l’unique catégorie inclassable qui existe en ce bas monde.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 1 760

  1. Avatar de Renée Tremblay Renée Tremblay dit :

    Tiens, je ressens exactement la même chose.

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