Jour 1 803

– Ton texte était décousu, me dit une amie rencontrée hier dans l’autobus qui me ramenait  à la maison. Un policier qui rit, des collègues qui te louangent, la compétition des danseurs à la télé américaine, le rouleau de Clovis, et même Yuri et le pape ! Es-tu encore sous l’effet de l’anesthésie ?, poursuit-elle en me taquinant. On ne savait pas trop où tu voulais nous amener.
– Je voulais parler de la reconnaissance, lui dis-je. Mais c’est vrai que j’ai tourné les coins ronds. Je manque de temps ! Je voulais donner des exemples de gens qui remercient, ou qui expriment quelques mots gentils, il me semble que ça n’arrive pas assez souvent. Après avoir été le centre des louanges, dans la première partie du texte, j’ai voulu louanger Clovis, dans la deuxième partie, histoire d’équilibrer.
– Tu ne t’attends quand même pas à ce que le conducteur remercie le policier qui vient de l’arrêter ?, s’étonne mon amie.
– Bien sûr que non, lui dis-je, déplorant intérieurement avoir à répondre, des fois de temps à temps, à des questions insignifiantes. Le policier était tellement souriant…, ajouté-je, comme si ça expliquait quelque chose.
– Je ne sais pas comment ça se fait, mais il me semble que je vais mourir bientôt, ai-je enchaîné d’un seul souffle.
– … ?
– Et tant qu’à mourir, ce serait bête de ne pas profiter de mes derniers moments pour remercier la vie.
– C’est sûrement ton cœur qui t’inquiète, suggère l’amie.
– Je ne sais pas. Le cardiologue me dit que je ne devrais pas me sentir fatiguée par le prolapsus mitral. Or, je suis au bout de ma corde me semble-t-il depuis des années. Et puis j’ai mal partout, le matin en me levant, la nuit quand je me tourne dans mon lit, le jour quand je reste debout en position stationnaire, en faisant par exemple la vaisselle. Récemment j’ai eu mal à la bouche, on aurait dit que j’avais des ulcères partout, jusque derrière la langue. Ça fait un an aussi que j’ai mal à la plante des pieds, j’en suis réduite à porter des baskettes à l’année. Et tout récemment j’ai commencé à ne plus pouvoir porter mes jolies jupes, elles me scient le ventre, même celles qui sont trop grandes. Seigneur ! Qu’est-ce que j’ai ?
– Es-tu suivie par un médecin ?
– Oui et non. J’ai toujours pensé que j’allais vivre vieille et en santé, comme mon père, mais je commence à changer d’idée ! Et tous ces cas de cancer ! Et Emmanuelle si jeune ! Je me rends compte que j’ai peur, de la maladie, de la souffrance, de la mort, et je ne veux pas mourir dans la peur !
– Un instant, là ! STOP ! Une chose à la fois. Je meurs d’envie d’un café, me dit mon amie, sans se rendre compte du verbe qu’elle vient d’utiliser.
Elle s’arrête devant la pâtisserie de Nancy (Meurthe-et-Moselle) que Clovis appelle Nancy (Green ou Huston). Ça fait déjà un bout de temps, en effet, que nous avons quitté l’autobus et que nous descendons la rue Monkland à pied. Je sais que mon amie n’a pas envie d’un café et qu’elle veut juste m’aider à me changer les idées.
– Ben, si c’est une question de vie ou de mort, lui dis-je en la taquinant à mon tour et en la suivant vers l’intérieur de l’établissement. On trouvera peut-être, ajouté-je, des François 1er en massepain !

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 1 803

  1. Tes jolies jupes… là ça devient grave pour vrai. Mais qui parle? Le personnage fictif? La vraie Lynda? Moi je ne sais plus. Je suis inquiet.

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