Dans une vie idéale, je m’installerais au lit le soir et je lirais une heure ou deux avant de m’endormir. Des articles de revue, les romans québécois que mon éditeur m’a donnés, Sylvie dans la tempête que j’ai retrouvé je ne sais où, d’autres livres encore reproduisant des œuvres d’art. Je pourrais aussi crayonner des croquis dans mon grand cahier noir à couverture rigide et me constituer des projets de toile à l’acrylique que j’entamerais à la campagne le week-end. Chatonne ronronnante serait avec moi. Je terminerais ma soirée toujours au lit par quelques rangs d’un projet de tricot, en suivant un des patrons pas trop difficile de ma seule revue de tricot dont le nom m’échappe en ce moment. J’ai acheté cette revue à Westmount, rue Victoria, je dirais le printemps dernier. Cet achat m’a procuré une cure de jeunesse car la vendeuse, anglaise, m’avait demandé si j’étais suédoise, comme au temps d’autrefois quand je circulais à Aix-en-Provence. Tous les éléments sont en place pour que je mette en pratique ce scénario de vie idéale, sauf que je suis trop fatiguée.
Wilma tricote, lit et dessine régulièrement. Est-ce pour cela que ses yeux brillent ? Ou alors, contrairement à Simone, parce qu’elle est l’enfant de l’amour et que, bien accueillie dans la vie, ses yeux ont toujours brillé ? Émane-t-il de sa personne, autre possibilité, un heureux équilibre parce qu’elle est la veuve d’un homme riche et aimant ?
Yasmine tricote aussi, mais pas de la même manière sereine. Elle s’énerve quand elle saute une maille et que ses ongles trop longs, ou encore ses bagues, s’accrochent dans la laine. Une mèche de cheveux lui tombe à tout bout de champ sur un œil. Au lieu de l’attacher avec une pince, elle souffle dessus ou se secoue la tête vers l’arrière. Elle n’est peut-être pas prête, finalement, à donner naissance à un enfant.
Yuri ne s’intéresse pas au tricot, mais les jours qu’elle est patiente et bien disposée, parce que ça lui arrive de l’être, il aime, ou aimait, regarder Yasmine tricoter.
Xena et Zoé installent les mêmes conditions quand elles tricotent : elles s’attachent les cheveux, elles s’assoient confortablement sur le canapé, le même car Xena habite encore, temporairement, chez Zoé, elles écoutent un film ou une série télévisée. Elles boivent à l’occasion de la tisane ou du thé en déposant la théière et les tasses sur la table du salon.
Oscarine tricotait au trimestre d’hiver de l’an dernier, et moi aussi avec elle, mais nous avons, en cette matière, ralenti passablement nos activités.
Ma mère tricote ce qui me semble être un foulard, au point mousse uniquement, en utilisant du fil acrylique rose bonbon. La prof de notre cours de l’hiver dernier serait scandalisée si elle faisait ne serait-ce que toucher ce fil râpeux.
La prof très certainement tricote encore car elle a fait du tricot le centre de son entreprise. Elle est en effet non seulement professeure mais entrepreneure.
Emma tricote vite selon une technique bien à elle qui lui fait beaucoup utiliser l’annulaire. Elle aime aussi crocheter. Quand elle tricote ou crochète, nous sommes souvent, elle et moi, assises sur le canapé.
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