Jour 1 876

Ça m’a fait du bien, le petit speech de maman, mais en même temps je ne peux pas simplement revenir en arrière et écrire comme je le faisais avant l’arrivée des alphas. Si je faisais cela, j’aurais introduit les alphas pour rien. Or, mon tonton –celui qui a écrit MERCI à l’attention du personnel médical quand il est sorti de la salle d’opération– suit des traitements de radiothérapie en ce moment. Après en avoir reçu quinze, il a informé son médecin qu’il voulait arrêter tellement il n’en peut plus de souffrir. Son médecin lui a répondu que les interrompant, il aurait suivi ses quinze traitements pour rien car ce sont les derniers qui brûlent le cancer, pas les premiers, et entre les trente-trois de la série il ne faut pas arrêter. Je ne peux pas vivre avec l’idée d’avoir fait quelque chose pour rien de manière tout à fait gratuite pendant que mon oncle continue de souffrir pour ne pas avoir fait ses traitements pour rien. D’une part c’est injuste pour tonton, et d’autre part il y a des conséquences pour les personnages qui attendent leur tour et qui espèrent qu’avec eux le récit va enfin se constituer.
Abandonnant les alphas, je me replongerais dans ma zone de confort en me contentant, probablement, de commenter les petits événements de ma vie.  Me replongeant dans ma zone de confort, je ne progresserais pas, je n’irais pas plus loin en repoussant mes propres limites. Comme je me connais, macérant dans la facilité, je recommencerais tôt ou tard mes jérémiades à l’effet qu’il n’y a pas de voie pour moi sur la terre. En plus, je ne donnerais pas l’exemple à Emma. Elle s’est fait imposer hier la partie de piccolo dans l’orchestre de l’école, une partie difficile, pas juste trois notes à souffler au bon moment, justement parce que son prof désire qu’elle quitte sa zone de confort (c’est une expression à la mode).
Donc, pour un ensemble de raisons –me botter le derrière, être solidaire d’Emma qui n’a jamais joué de piccolo de sa vie, et de tonton, tenir compte des commentaires de ma mère, retenir mes trois derniers lecteurs, m’occuper mentalement parce que pendant ce temps-là je ne me plains pas– il faut, c’est pourtant trivial, que je rende mes textes intéressants. Il faut qu’il s’y passe quelque chose, que les actions de mes personnages soient mues par des motivations psychologiques, par des passions positives ou négatives. Il faut sentir que l’auteure en moi exploite d’une quelconque manière un volet dramatique afin que le lecteur sente se développer en lui, au fil des pages, une tension qui pourrait aller jusqu’à lui broyer les tripes.
J’avoue que c’est un peu ce que j’ai voulu faire quand j’ai introduit le personnage de ma mère. Je me suis dit que j’allais raconter mes souffrances d’enfant mal aimée, quitte à ce que mes lecteurs plus sensibles m’en veulent de les faire pleurer. Mais je n’avais pas entamé deux phrases que ça ne me tentait plus, la souffrance ayant disparu et l’envie de tenir la main de maman et d’écouter sa voix douce ayant pris le dessus. En fin de semaine, d’ailleurs, elle veut qu’on se promène en voiture elle et moi. Je ne peux pas être au volant de ma voiture et conduire ma mère en toute honnêteté, si je noircis parallèlement mon écran avec des mauvaises expériences du passé.
J’ai aussi voulu installer une tension entre Zoé et Lyncha en suggérant que Zoé avait l’œil sur Clovis. Mais je suis tellement bien avec Clovis, j’aime tellement rire et m’amuser avec lui, je suis tellement au paradis quand nous sommes enlacés, que ça ne me tentait pas pantoute d’écrire des lignes le concernant qui seraient mues par le sentiment primaire de la jalousie.
Même avant les alphas, j’ai voulu suggérer qu’Arthur avait un béguin pour moi, ou moi pour lui. Mais quand j’ai appris que sa femme avait un cancer et qu’elle s’en sortait moins bien que lui, qui a eu un cancer aussi, j’ai laissé faire l’aguichage insignifiant.
De toute façon, j’ai trouvé le moyen de faire disparaître l’onglet des statistiques d’accès à mon blogue.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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3 Responses to Jour 1 876

  1. Avatar de claude dano claude dano dit :

    Tes crits me font bien rire Chrie!

    Date: Thu, 15 Nov 2012 18:25:53 +0000 To: klodano@hotmail.com

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  2. :O)

    Je me disais que tu étais en train de violer la loi de la causalité, avec tes voyages à reculons dans le temps, et que ça risquait de te conduire assez vite à un chaos spectaculaire!
    Mais je t’aurais suivie quand même. Jusque dans un trou noir, s’il avait fallu.

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    • Avatar de Badouz Badouz dit :

      Ce ne sont pas tant les voyages dans le temps qui me causent des difficultés que les motivations profondes de mes personnages qui sont absentes. Mais si tu as bien lu je n’ai pas jeté l’éponge et je n’abandonne pas mes alphas …

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