J’ai décroché de tout en fin de semaine, pas d’acrylique, pas de tricot, pas de Yasmine, pas de ménage, pour rendre hommage à la présence de Clovis dans ma vie. Donc, que du Clovis. Nous avons eu du très bon temps, nous étions joyeux, Clovis babillait comme un pinson. Le seul problème, car une fois qu’on a dit avoir eu du bon temps avec l’élu de son cœur, on n’a plus rien à dire, donc on saute aux problèmes sur lesquels il est toujours agréable de s’étendre, le seul problème, donc, c’est que je suis revenue au travail ce matin lundi très tôt, à sept heures, non pas blonde comme je le suis depuis un an et demi, mais brunette ! Je m’aime en brunette, mais mon chéri m’a dit qu’il espérait s’habituer.
Clovis a ajouté de l’eau au mélange de teinture, car c’est lui qui me teint les cheveux, de l’eau distillée par-dessus le marché. Il adore la texture de mes cheveux et il craint que les produits hautement chimiques n’altèrent leur santé. J’ai beau lui dire que les technologies ont évolué, que les produits ne sont plus nocifs comme avant, que j’achète d’ailleurs le kit de teinture au magasin de produits naturels de mon quartier –je prononce à chaque fois « naturel » en séparant bien les syllabes–, Clovis demeure prudent.
– Un mélange dilué dans de l’eau pure ne pourra qu’abîmer moins ta crinière, m’a-t-il dit en préparant la mixture et en ajoutant par ailleurs quelques gouttes de peroxyde et une goutte de mercurochrome car j’ai des boutons sur la nuque. Il voulait profiter de me jouer dans la tête pour désinfecter mes pustules.
L’autre chose qui est arrivée, c’est que nous nous sommes mis à jouer au Scrabble, une fois la teinture appliquée. Clovis a enlevé ses gants et sans que je m’y attende, en me montrant le jeu qui était sur la table parce qu’on avait joué la veille, il m’a demandé :
– On joue ?
et on a joué, j’adore ça.
J’avais le sac de plastique sur la tête pour maintenir la mixture dans l’humidité et pour empêcher la teinture de me couler sur le front ou sur les joues. Bien entendu, on n’a pas vu le temps passer. À un moment donné, Clovis a remarqué qu’une coulisse verte s’était frayé un chemin d’en-dessous du sac et me décorait la tempe. Or, le sac était vert, en provenance d’un magasin écologique et environnementalement responsable, d’un beau vert gazon entretenu sans pesticides. Du coup, nous avons réalisé que ça faisait plus d’une heure que j’avais sur la tête le produit qu’on est censé laisser agir vingt-cinq minutes seulement.
– Mince !, ai-je exprimé.
– Ostie !!!!!!!!!, s’est exclamé Clovis en se précipitant vers l’évier faire couler l’eau pour me rincer.
On n’était pas au bout de nos peines. Le sac, au même moment, s’est mis à faire des bulles et à bouger tout seul comme si des vers de terre rampaient en-dessous. J’ai commencé à avoir peur parce que j’entendais tout près de mes tympans des mini déflagrations et je n’étais plus certaine de vouloir ajouter encore plus d’eau au mélange en me mettant la tête sous le robinet, des fois que l’eau eût été responsable du très grand inconfort que j’étais en train de vivre. Je voyais par ailleurs dans les yeux de Clovis qu’il ne savait pas plus que moi à quoi s’en tenir. Nous nous sommes regardés sans savoir ce qu’il fallait faire, mais une déflagration plus forte nous a convaincus qu’il fallait faire quelque chose, alors de moi-même je me suis installée la tête sous le robinet et Clovis a fait le restant. Pour ne rien arranger, le téléphone s’est mis à sonner pendant que ni lui ni moi ne pouvions répondre.
Plus de peur que de mal, cependant, et une grande ignorance de ce qui a bien pu se passer. Toujours est-il que je suis brunette ce matin 22 octobre 2012, que mes cheveux ont une texture étonnamment soyeuse pour un lendemain de traitement, que mes boutons ont disparu et que j’aime mon beau chéri Clovis.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories
Ouf!
Peroxyde et mercurochrome ne font peut-être pas bon ménage. Faudra que je vérifie auprès d’un chimiste. Il a pu se dégager du CO2, ou carrément de l’oxygène. C’est ce qui aurait donné cette impression de mouvement sous le sac. Y avait-il une odeur particulière, du genre qu’on associe au peroxyde? Mais à raison de quelques gouttes… ça serait surprenant que ça ait produit autant de gaz! Il y a peut-être eu aussi réaction avec les produits originaux de la teinture, produisant d’autres gaz. Tu étais peut-être en train de te transformer en réacteur chimique. Il serait intéressant que tu vérifies les instructions pour le produit, et les contre-indications.
J’ai hâte de voir la brunette que ça a donné!
J’aimeJ’aime
Cela s’est mis à réagir chimiquement tellement rapidement (fiou, quel style en …ment !) que nous n’avons pas eu connaissance d’une odeur en particulier, Clovis était pressé de m’enlever le produit de la tête, il n’a même pas mis de gants !
J’aimeJ’aime