Jour 1 913

J’ai commencé un texte tout à l’heure sur la beauté et la fragilité de la vie qui ne dure pas toujours, mais je l’ai effacé. Ensuite, j’ai voulu préciser pourquoi le seul fait de regarder chez tonton, en fin de semaine, mon voisin à la campagne, m’a mis le cœur en miettes, mais j’ai effacé le texte relatif à cette précision. J’ai aussi voulu aborder le thème du restaurant grec car j’y suis allée ce midi. Le propriétaire portait une belle chemise orangée et j’ai pris plaisir à déguster une excellente moussaka, mais cela s’arrête là pour ce thème aujourd’hui. J’aurais aussi pu parler de ma carte de crédit, de la feue carte devrais-je dire car j’ai détruit celle qui était dans mon porte-feuille et j’en attends une nouvelle que je devrais recevoir par la poste dans quelques jours, mais ce n’est pas tellement intéressant. Puis papa a téléphoné espérant souhaiter joyeux anniversaire à chouchou, mais chouchou est difficile à joindre, en ce moment elle est à Oka, alors j’ai parlé un peu avec papa puis j’ai raccroché. Finalement, je pense que je vais me lancer dans l’éloge de ma personne, après tout l’éditeur n’a pas tort, je suis le personnage principal de mes récits, alors allons-y. Cette semaine, avec un ami, je suis allée dîner dans un restaurant asiatique de la Côte-des-Neiges. Nous avons facilement trouvé une place pour le stationnement mais André, c’est l’ami, a dû manœuvrer habilement pour se garer car l’espace était restreint. Dans la voiture qui faisait en sorte que l’espace était restreint, et que le pare-choc de la voiture d’André a touchée, il y avait une femme, conductrice, habillée en bleu, blanc et rouge, elle aurait été parfaite pour mon événement 14 juillet. Après trois coups de klaxon adressés à mon ami en raison de l’attouchement des pare-chocs, la jolie dame est sortie piquer une jasette à André. D’où j’étais assise, sur le siège du passager, je ne voyais que sa bouche, aussi rouge que sa jupe, et j’entendais le cling cling de ses bracelets en or qui accompagnait la gesticulation irritée de ses bras âgés. Ses paroles étaient sans aucune surprise dans la circonstance et formulées sur le mode répétitif : Vous êtes sourd, Vous n’entendez pas le klaxon, Vous ne sentez pas que vous me frappez, Vous ne savez pas conduire, Vous devriez vous faire retirer votre permis, etc. Je n’en revenais pas qu’à son âge et qu’en 2012, on puisse encore faire le choix de se comporter d’une manière si peu originale. Alors pendant qu’André mettait de l’argent dans la borne de paiement, je suis allée la voir et je lui ai dit ceci :
– Bonjour Madame.
Pas de réponse, pas non plus de regard vers moi, elle regardait son iPhone qu’elle tenait dans ses mains comme si sa vie en dépendait.
– Pourquoi n’avez-vous pas reculé de quelques pouces pour nous rendre service ?
– Mais parce que j’étais bien trop short moi aussi !
– Quand même, vous ne l’êtes pas tant que ça.
– Oui je le suis, a-t-elle dit, têtue comme un enfant de deux ans.
– En tout cas, avoir reculé, vous auriez été gentille.
– Gentille vous-même ! s’est-elle exclamée, on aurait dit qu’elle le faisait exprès de ne pas réfléchir.
– On peut toujours faire le choix d’être gentille, ai-je conclu, extrêmement satisfaite de mon intervention de pastorale catéchétique.

 

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 1 913

  1. N’y a-t-il pas, dans un attouchement de pare-chocs, un côté sensuel, qui expliquerait qu’on réagisse bien si c’est le pare-chocs d’un(e) ami(e) ou d’un(e) bel(le) inconnu(e), mais mal dans les autres cas?

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    • Avatar de Badouz Badouz dit :

      D’ailleurs, et très poétiquement, mon ami a dit à la dame qui l’accusait de l’avoir frappée –où le complément l’ représente non la dame mais la voiture– : Je ne vous ai pas frappée, je vous ai touchée … !

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