Jour 1 939

Briques bleues d'un mur

Bleues sont les briques du mur.

Fiou ! Je vais un peu mieux. J’ai appelé Jacques-Yvan et cela m’a fait du bien. D’abord, qu’il soit bien entendu que j’aime Emma plus que tout, mais je pense que tout le monde le sait. Ensuite, qu’elle est quand même assez solitaire. Elle passe ses jours de vacances en dehors de la course contre la montre, dans la maison, pendant que je travaille, à lire un roman par jour, en français ou en anglais, à regarder des clips sur YouTube, à tricoter, à écouter des films le soir avec maman. Elle ne s’ennuie jamais. Mais c’est une solitaire, alors quand on arrive à l’aéroport PET et que tout le monde se parle, excité, ma chouchou se tient à côté de moi et ne se mêle pas. Ses amis proches ne font pas partie de l’orchestre à vent. J’entame quelques lignes de tricot parce qu’elle laisse entendre qu’elle désire que je reste longtemps, or l’avion pour Toronto est à 13 heures et il n’est que 10 heures. Je lève la tête de mon tricot, à un moment donné, l’intuition féminine et maternelle étant ce qu’elle est, et chouchou, assise à côté de moi, est en train de pleurer. C’est ici que l’histoire commence, mais je vais la résumer bien brièvement : je me sens coupable de ne pas être plus sociable moi-même. C’est l’fun parce que je n’ai pas beaucoup pleuré, et nous avons été sauvées par Jacques, un accompagnateur, un homme très bon, comme les aime le grand-papa d’Emma. Il vient me saluer, me dire que les élèves de FACE sont des ados extraordinaires, et du coup je me lève et nous ajoutons quelques mots. Je profite de ma position debout pour dire à Emma qu’il est temps que je quitte et, pas folle et très équilibrée, elle comprend que j’ai raison et nous nous embrassons tendrement. Je lui dis ceci :
– Profite de tout, mon bel amour.
Je me répète, je sais, j’ai prononcé aujourd’hui ce que j’ai écrit hier.
J’ai trouvé le moyen de sortir du stationnement sans difficulté, de revenir à la maison sans me perdre sur la 20 Est, en changeant avec beaucoup de plaisir les vitesses de ma petite Sonic, que j’adore, merci M. Samuel de l’avoir choisie pour moi.
À la maison je m’effondre et j’appelle le papa d’Emma. Il aurait été idéal qu’il soit là avec Emma et moi. Mais il est au bureau, à trois minutes d’une réunion. Il travaille dans le même pavillon que moi, qui est en construction, alors il essaie d’entendre ce que je dis par-dessus les sons répétés de ce qui m’a semblé être un marteau-piqueur.
– Parle plus fort, je ne t’entends pas, me dit-il.
– Jacques-Yvan, dit-elle en hoquetant, ça ne va pas.
– Qu’est-ce qui se passe ?
– Emma est une solitaire et elle passe ses journées à lire.
– Je sais, je faisais ça aussi quand j’avais son âge. Qu’est-ce qui se passe ?
– Je n’ai pas su la rassurer.
– Par rapport à quoi ?
– Elle ne connaît personne dans le groupe. Elle était seule parmi le groupe et moi-même quand j’étais jeune …
– Emma ne vit absolument pas les problèmes que tu as vécus quand tu avais son âge. Elle m’a parlé avec beaucoup d’enthousiasme de son voyage, nous avons regardé des sites grecs sur Internet, tu ne devrais pas t’inquiéter. Ça va bien aller.
Ce sont les quatre mots que je voulais entendre, et c’est de la bouche de JY qu’il fallait que je les entende.
– J’ai une réunion dans une minute.
– Merci, tu me fais du bien.
– Quoi ?
– Merci pour tout.
Sur la rue Monkland, au retour, j’ai vu un hassidim en Bixi. Il va falloir que je demande à Oscarine, qui habite Outremont, si elle en a vu elle aussi. Ça doit être rare en titi.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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