François est mon compagnon décédé d’un cancer cela fera bientôt deux ans. Il a donc existé. Zoé est un personnage d’une nouvelle inspiré de la personne que j’étais dans la trentaine. À cette époque-là, je suivais un traitement à base de vitamine A en dose massive pour guérir l’acné. J’avais la peau du visage irritée comme si on l’avait frottée avec du papier sablé. Je n’en fais pas mention dans la nouvelle. Zoé rencontre un ancien patron, dans son quartier, qui est en réalité le père de ma fille. Le père de ma fille vit maintenant avec une autre compagne. Ma fille s’appelle Emma, et moi c’est Lynda. Oscarine, où j’étais hier soir et qui m’a nourrie deux fois plutôt qu’une parce que j’avais oublié mon lunch le midi et que je suis arrivée chez elle affamée le soir, porte en réalité un autre prénom. Il m’arrive d’être sur le point de l’appeler Oscarine et je corrige le tir juste à temps pour prononcer son vrai prénom. La même chose pour M. Samuel, il vend des autos dans la région de Montréal, sous un autre nom. À l’inverse des chats verts imprimés sur le parapluie qui m’a été prêté hier, le concierge existe vraiment. Si les chats verts existent, car tout est possible, ils doivent vivre dans une autre région du globe. En tout cas, je n’en ai jamais vu. J’ai rapporté deux parapluies au concierge ce matin. Je les ai remis dans la boîte des objets perdus. En interrompant le tri du courrier, il m’a souri et m’a dit que j’étais une femme de parole. Je me suis dit que j’étais plutôt une femme d’écrit car j’ai tendance à être timide et à ne pas vraiment aimer prendre la parole. Une de mes collègues, qui m’inspire par son efficacité et son entrain, est femme de parole. Quand elle me convoque avec d’autres en réunion, j’ai toujours hâte d’y aller. Elle arrive quelque part, aux réunions justement, et on n’entend qu’elle. Je n’ai pas eu le temps de m’occuper de Zoé hier soir, je suis arrivée trop tard à la maison. Ma maison existe bel et bien, elle tient le coup même si j’affirme, à tort, qu’elle est en ruines. Je dois entamer des démarches pour faire peindre les balcons avant et arrière. Je n’ose pas penser à la maison de campagne sur la toiture de laquelle il manque des vis, donc ces vis n’existent pour ainsi dire plus, elles se sont perdues dans la nature. Les vis absentes ont cédé la place à autant de trous et Dieu sait qu’il a plu en titi. Clovis a repeint tous les plafonds récemment, j’espère ne pas en trouver qui auront des cloques pendouillantes pleines d’eau. Ludwika, glacée aux os car notre nouvel emplacement de travail est surclimatisé, travaille en ce moment, particulièrement silencieuse, à côté de moi. Mon éditeur existe lui aussi, il a une belle voix et malgré cela je ne le rappelle pas mais je lui ai écrit un courriel qui dit en gros ceci : j’aurais dû attendre et vous envoyer les pages qui viennent après les cent premières, elles sont meilleures. Oscarine avait chez elle une aiguille à tout petit chas qui m’a permis de terminer mon projet de tricot que je vais offrir en cadeau à quelqu’un qui existe aussi mais à propos duquel je n’ai jamais, ou presque, écrit. J’ai beau être entourée de tous ces gens fictifs et véritables ou les deux en même temps, je me sens seule, aujourd’hui, dans la grande famille planétaire qui nous unit. Ça arrive parfois.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories
Très beau texte.
Remarque, je n’ai pas la prétention d’un critique littéraire.
J’aimeJ’aime
Je dois être inspirée par le bruit de fond des tondeuses à gazon ! Tiens, elles s’arrêtent juste au moment où j’écris cette phrase. Cela s’appelle la synchronicité. XXX
J’aimeJ’aime
Bonjour Lynda, merci pour ce texte « apaisant »… (eh oui, c’est ma pause du jour après avoir terminé de repeindre ma chambre enfin!). Au risque de me répéter, j’aime toujours te lire et te voir entremêler le réel et l’imaginaire. Merci de partager ton talent avec nous!
J’aimeJ’aime
Je m’ennuie de ma lectrice fidèle qui a des allergies et qui ne travaille plus ?
J’aimeJ’aime
Ping : Jour 1 863 | Les productions Badouz