Jour 1 969

Encore une fois j’avais tout faux, par rapport au déménagement. Mais d’abord, en lien avec les deux derniers chiffres du jour d’aujourd’hui, voici ce qui s’est passé ce matin, pendant que je fouillais dans mes tiroirs à la recherche d’un haut assorti à mon pantalon de jogging en ratine grise, tenue requise pour déménager. Je mets la main sur une forme oblongue, dure, dissimulée entre deux chandails. Le besoin de persécuter autrui étant plus fort que tout, je me suis dit instantanément, en tâtant cet objet rigide :
– Qui a caché un godemiché dans mes affaires ?, comme si nous étions douze à habiter dans la maison, et comme s’il était capital de savoir d’où provient l’objet, alors que le plus important consiste bien entendu à en faire bon usage, tant qu’à l’avoir. En y regardant de plus près, il fait sombre dans la maison peu importe la saison et bien que j’habite à l’étage, j’ai reconnu le beau savon de couleur citron qu’Oscarine m’a rapporté d’Italie et que je ne veux pas utiliser pour me laver, je m’en sers pour parfumer mes vêtements, comme ça il va durer longtemps.
Basquettes, pantalon mou de ratine grise, chandail de coton rayé marine et blanc, j’arrive au travail, vendredi matin 8h30. Je reconnais à leur casquette les hommes qui effectuent le déménagement. Le corridor étroit ne me permet pas de les dépasser, or ils marchent très lentement. Je me dis, encore une fois charitablement, que c’est bien propre au personnel de l’université de marcher si lentement. Et même, je me dis, c’est bien le lot de l’université d’engager des sous-contractants qui marchent si lentement. J’arrive dans mon maintenant ancien bureau, il est vide. Les hommes escargots ont eu le temps de tout déménager avant que j’arrive. Il ne me reste plus qu’à me rendre à mon nouveau bureau, une grande aire de travail bien éclairée au plafond haut et aux fenêtres qui s’ouvrent, d’ailleurs elles sont ouvertes. Ça sent le gazon que le personnel de la Direction des immeubles est en train de tondre, on entend aussi des bennes et des bacs de récupération qui se font brasser. J’adore.
À midi, je descends attendre les pizzas Pendeli que nous avons commandées –la toute garnie me semble un peu fade, mais la végétarienne est surprenante, avec artichauts et asperges. J’attends, j’attends. Il fait très beau, ça ne me dérange pas d’attendre, mais au bout d’un moment, quand même, ça commence à faire.  Sort alors de sa voiture un Asiatique, stationné le long de la rue dans sa Chevrolet de couleur orangé. Il doit trouver, lui aussi, que ça commence à faire. Il se dégage de son véhicule une chaude et alléchante odeur de pizza. Seigneur ! le livreur !
Je suis en vacances jusqu’au 22 mai. Je vais peut-être demander à tonton, mon voisin à la campagne qui a une connexion Internet,  si je peux aller chez lui écrire des intermèdes des fois de temps en temps.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 1 969

  1. Avatar de Jacques Jacques dit :

    Oui! demande-le lui. Je commençais justement à m’inquiéter de ce long silence.

    J’aime

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