Jour 1 971

Je pense à l’expérience grenobloise qui a été catastrophique sur le plan de l’enseignement que j’avais à y donner, ou en tout cas catastrophique quant à la manière dont je me suis sentie pendant les neuf semaines qu’ont duré les ateliers. Ce qui me reste à l’esprit, avec le recul et les années, ce n’est pas le cauchemar de mon mal-être psychologique. Ce qui reste, c’est ma belle queue de cheval coupée par Bwigitte, non pas tant parce que ce fut une soirée agréable et que nous avons eu du plaisir ensemble, non pas tant parce que ma belle queue de cheval m’a manqué quand elle s’est retrouvée dans la corbeille de Bwigitte –bien qu’elle m’ait effectivement manqué mais ce n’est pas grave car j’ai fait repousser mes cheveux et ils poussent vite–, mais parce que ma queue de cheval représente dans ce bref récit du jour 1 972 l’artefact de ma jeunesse, la fin de mes années dans la vingtaine. Autrement dit, l’épisode de mes pustules, de mes furoncles et d’un état mental perturbé constitue aujourd’hui le doux souvenir d’une Lynda jeune et candide. Je revois encore les vêtements bleu pâle que je portais quand j’essayais de me débarrasser de l’Égyptien et cela me fait sourire.
Je ne sais pas pourquoi, mais la pensée de Grenoble m’amène ensuite dans un restaurant qui n’existe plus sur la Côte-des-Neiges, où je me suis retrouvée pour un repas professionnel avec un directeur de service, j’étais cette fois dans la fin de la trentaine. J’avais pour sac à main –donné par ma sœur car elle me donne un peu de tout–, une espèce de baluchon en cuir en forme de cylindre. Quand est venu le temps de payer, il a fallu que je me rende jusqu’au fin fond du cylindre, plein à craquer, y récupérer le porte-feuille. Comprenant que je n’y arriverais jamais, et le temps passant, le directeur de service, léger sourire aux lèvres, a fait signe au garçon qu’il s’occuperait de l’addition. Lynda bien habillée dans son ensemble tailleur jaune, faisant de la représentation universitaire dans un restaurant quatre fourchettes, piégée par le porte-feuille au fond du cylindre, c’est tout à fait moi. Moins jeune, pas de queue de cheval, mais avec un quelque chose qui retrousse qui me plaît aujourd’hui autant qu’il me consternait à l’époque.
Et même, hier, retournant voir M. Samuel pour un bruit étrange qui ne s’est évidemment pas manifesté quand il s’est retrouvé dans ma voiture, me trompant dans mes embrayages et faisant faire au véhicule un 360° en pleine rue Ste-Catherine à un moment donné pour revenir plus vite dans la cour me stationner, cette Lynda malhabile, pas sûre d’elle, presque bafouillant et pressée d’embrayer ses vitesses tranquille, seule dans sa SuperSonique sur le chemin du retour, est une Lynda qui me plaît.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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3 Responses to Jour 1 971

  1. Avatar de Renée Tremblay Renée Tremblay dit :

    A moi aussi, très chère, à moi aussi.

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  2. Avatar de Badouz Badouz dit :

    My dear friend.

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