Jour 1989

Donc, pas à pas, je trace ma voie. La vie comme le chemin de Compostelle. C’est pratique, on n’a rien à anticiper, pas non plus trop trop de questions à se poser. En autant qu’on marche. Certes, il faut apprendre à vivre avec les carrefours.

La prof qui a lu mes textes en essayant de s’y retrouver dans le tas de feuilles éparses que je lui ai données a dû se dire que je n’avais pas encore réalisé que l’écriture pouvait être non pas ma voie, mais une voie qui me sied. C’est peut-être pour ça qu’elle m’a redonné le tas sans rien dire. Elle voulait que je sois à l’origine de ma prise de conscience. M’avoir dit :
– Vous pourriez explorer cette voie, vous écrivez d’une manière agile, on prend plaisir à vous lire.
je ne l’aurais probablement pas écoutée. J’aurais jeté les feuilles qu’elle m’aurait tout juste redonnées et je n’y aurais plus pensé pour mieux me consacrer à la pensée de ma voie : où est-elle, Seigneur, et quand va-t-elle se manifester ?

Autre possibilité : étant donné que tout est affaire de subjectivité, la prof a peut-être conclu qu’en me pensant habile à écrire elle s’était tout simplement trompée. Alors, plutôt que de s’arracher les yeux à essayer de me lire, elle a rangé mes textes dans un compartiment de son gros sac lourd et, à son tour, elle n’y a plus pensé.

En tout cas. Tout cela est d’un intérêt bien relatif, ce qui importe, c’est de marcher et de laisser derrière moi un tracé. Bien sûr on peut s’arrêter, se reposer, réfléchir, s’asseoir deux heures sans bouger pour tricoter, mais il ne faut pas non plus stagner. En concevant les choses de cette manière-là, dénuée de révélation fulgurante mais quand même alimentée par les hasards, les rencontres, les affinités, je retiens ceci : il n’y a jamais rien devant moi, tout le vécu s’imprime sur le sillon qui me colle aux talons.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 1989

  1. Tiens, ça me fait penser à mon carré de jacquard qui ne ressemble à rien. Je continue, en me disant que je finirai bien par y voir ce que je voulais voir, ça va apparaître tout à coup et je me dirai voilà, c’est exactement ce ça. Mais c’est toujours après, devant. Pour finir, j’ai laissé deux messages à André sur son cellulaire qui sont restés sans réponse. J’imagine qu’il est reparti travailler sans me prévenir. Quoi, je ne vaux pas un petit coup de fil ?

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    • Avatar de Badouz Badouz dit :

      Tu vaux 18 coups de fil d’affilée mais il a eu un empêchement, une urgence, une panne de téléphone. En attendant, essaie de trouver de quelle manière nous pourrions nous y prendre pour tricoter une fois par semaine quand tu seras une femme libérée. XXX

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