Jour 1999

Ça y est, je viens de changer d’unité de mille. Je vais commencer léger.

Coin University/Sherbrooke, à la sortie de ma formation hier soir. Un homme, belle tête, cheveux courts, attend le feu vert pour traverser. Le soleil est derrière lui et ses rayons lui passent à travers les oreilles, dans la partie très fine au-dessus des lobes. De tout ce qui m’entoure, voitures, piétons, béton, édifices, ciel bleu, je ne vois que les oreilles rouges et translucides de cet homme, comme deux cerises égayent un sundae.

Quelques minutes plus tard, je suis sur le quai du métro McGill, je croise une jeune fille qui transporte un cor français dans un étui sur lequel est écrit le nom de l’école FACE. Elle porte ses chaussettes à mi-mollet, par-dessus les jambes de ses pantalons.

Mes lecteurs vont penser que j’écris mes mots du jour pendant ma formation au centre-ville. Faux. J’écris le mot du jour pendant l’heure d’interruption, de midi à treize heures. Ce qui fait qu’à treize heures, quand le cours reprend, je serais pleinement disposée à me lever enfin et à me délier les jambes. Je dois attendre la courte pause de 14h45. Hier, le formateur me demande :
– Tu ne manges pas ?
– Je n’ai pas le temps !, ai-je répondu.
J’adore cette réponse, Je n’ai pas le temps, parce que papa l’a déjà faite à ma belle-sœur, il y a une dizaine d’années. Le fils de ma belle-sœur, l’enfant de mon frère, cherchait un mot dans le dictionnaire. Plutôt que d’aider son petit-fils à trouver le mot, papa, le grand-père dans l’histoire, a pris le dictionnaire –ses yeux lui permettaient encore de lire le dictionnaire–, et il s’est rendu directement à la page qui contenait le mot. Devant le commentaire de sa belle-fille qui aurait aimé que son fils cherche le mot lui-même, papa avait répliqué :
– On n’a pas le temps !
Et cette remarque m’est restée comme étant l’expression du désir fondamental de profiter de la vie. À chaque fois que je dis Je n’ai pas le temps, je n’exprime pas que je n’ai pas le temps, je fais un clin d’œil à mon père.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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