Jour 2000

Aujourd’hui, je décide de faire une déclaration fracassante dont personne, ou presque, n’aura connaissance puisque sept personnes, seulement, me suivent sur mon blogue.

J’ai la chance inouïe de m’être fait prescrire il y a maintenant dix ans, et de n’avoir jamais cessé d’en prendre depuis, des antidépresseurs qui ont littéralement changé ma vie.

Je pourrais donner une portée sociale à mon affaire : je déclare cela pour aider à démystifier le sujet, pour tuer les tabous et les préjugés, pour mieux faire connaître les avantages de cette pharmacopée, etc. Mais, indépendante, voire insouciante, je ne suis pas très habile en matière de portée sociale.

On entend parler de cartel pharmaceutique, de pègre en ce domaine, d’arracheurs de dents et d’argent, de profiteurs, d’exploiteurs de pauvre monde. C’est possible. Moi, j’adore les découvertes pharmaceutiques qui ont mené à la création d’un médicament qui me permet de me sentir normale. Il m’a quand même fallu attendre 40 ans avant d’y avoir accès.

Reprise de mon sujet chéri fétiche : j’arrive chez mon médecin, je suis Marie Cardinal au début de la quarantaine, et je lui dis que je désire me tirer une balle dans la tête avant de m’effondrer en pleurs. Je ressors avec une ordonnance, je cours chez le pharmacien, mon grand ami, et j’avale mon premier comprimé. Une demi-heure plus tard, ma vie commence à changer. C’est impossible, je sais, tout le monde dit qu’il faut attendre six semaines avant que les effets se fassent sentir. Pas moi. Ce fut presque immédiat. Un ami m’a dit la même chose que j’ai fréquenté quand nous étions tous les deux dans la vingtaine. Pour lui aussi, les changements furent radicaux et immédiats. Donc, nous sommes au moins deux.

Je revois le médecin quelques semaines plus tard, elle fait à-travers ma personne la connaissance d’une autre femme. Elle constate en souriant que le médicament me fait du bien. Elle m’explique que je n’avais qu’une petite déficience en sérotonine. Elle ajoute :
– Vous devez sentir que vous redevenez vous-même ?
Je vais me souvenir de cette phrase toute ma vie car je n’ai pas compris ce qu’elle voulait dire. Je l’ai regardée comme si elle parlait chinois. La réponse à sa question mandarine m’est venue progressivement, au fil des semaines : je n’avais jamais vécu la normalité. Je ne connaissais pas Lynda. Je ne faisais que me battre contre une Lynda qui retombait tout le temps dans les mauvais plis. Cela fait dix ans que je prends ce médicament, toujours la même dose, toujours la même concentration, presque toujours aux alentours de dix-huit heures. Les lecteurs auront deux réactions, je veux dire les très rares qui me lisent :
– Seigneur ! elle ne peut plus vivre sans !
– Seigneur ! comme je suis content pour elle !

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée, publiée dans 2 200 textes en 10 ans, est marquée , , , , , , , , , . Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire