Écrire sur mon blogue une fois par jour, et réunir en un bouquin les textes obtenus, sont deux choses presque contraires à certains égards.
Sur mon blogue, je navigue, insouciante, à ma vitesse teuf teuf prout prout copain. Un écran blanc s’offre à moi que je garnis selon mes fantaisies. Je vais où bon me semble, en fonction de mes humeurs et de ma sensibilité. Je ne me soucie pas tant d’exprimer quelques idées que de me rencontrer à travers les mots. Je pénètre dans un espace temps, en vase clos, où rien n’interfère du monde extérieur.
Regrouper les textes d’une même année pour en faire un livre m’oblige, en revanche, à resserrer mes contenus, à éliminer les redites, à alléger les constructions de phrases, à viser l’efficacité. C’est un peu comme si je fabriquais une courtepointe : ne cumuler que des imprimés disparates, sans me soucier de créer un motif, un agencement, procure moins de satisfaction visuelle.
Il en ressort que ces deux activités –blogue freestyle / bouquin non soporifique– font appel à des habiletés différentes. Mon cerveau ne peut que s’en porter mieux car il doit s’adapter à des situations auxquelles je ne le soumets pas souvent.
– Right to the point ! lance mon collaborateur.
– D’accord, d’accord, lui répondent mes neurones en se sentant certes bousculés, mais en même temps oxygénés par des mouvements neuronaux nouveaux.
À cet égard –l’entretien d’un cerveau de 66 ans–, je ne peux que saluer mon retour à l’écriture, et espérer que l’instinct de noircir une page retrouve sa prégnance d’antan. Le vocabulaire m’échappe au point de demander à l’IA de me venir en aide, alors qu’autrefois j’arrivais sans peine à le saisir au vol.
Je ne me fixe plus la consigne de publier du lundi au vendredi, ni celle d’atteindre cinq cents mots. La formule « en autant que j’écrive » me suffit.
Je vois un certain parallèle, ici, entre mon parcours et celui de Claude Lelouch. Quand il était en pleine possession de ses moyens, il créait des liens générationnels entre ses personnages en multipliant les espaces/temps —Les uns et les autres en 1981. Dans ses derniers films, alors que l’homme vient de célébrer ses 88 ans, il regroupe tout un tas de monde dans un même espace sans qu’il soit nécessaire de remonter à la source du lien entre les individus —La vertu des impondérables en 2019.