Supposons la phrase suivante : « Je considère que j’ai plusieurs vies, dont certaines sont révolues. »
Mon collaborateur m’inciterait à enlever la virgule. Il m’expliquerait que le pronom relatif « dont » a pour fonction d’introduire la précision du sous-ensemble « révolues ». La phrase étant courte, il n’est pas nécessaire de créer un moment d’arrêt avant d’apporter cette précision. Comme c’est grammaticalement exact, j’accepte qu’on l’enlève. On ne se mettra pas à discourir une demi-heure sur le maintien ou non de la virgule puisque nous avons 262 pages à parcourir.
Une part de moi, cependant, regrette ce changement. Il me semble que l’affirmation est plus absolue, plus emphatique, plus empreinte de décorum si je mets une virgule. Grâce à elle, je n’enchaîne pas du même souffle, en vitesse, que certaines de ces vies sont révolues. Je laisse planer le mystère. Je pique la curiosité du lecteur. Il se demande où je veux en venir.
Le dévoilement de la précision « révolues » survient une fois que le lecteur a respiré. Il s’accompagne, je le reconnais, d’une forme de concession. J’aurais préféré conserver la valeur monolithique de mon absolu initial, mais c’est rarement possible.