Ça fait trop longtemps que je n’écris plus sous prétexte de consacrer mon temps et mes efforts à l’édition des anciens textes de mon projet de dix ans. De ce côté-là, petit train va loin, le tome VI devrait voir le jour avant la fin de l’année. L’idée de reprendre une éventuelle routine d’écriture m’habite depuis quelques jours et je crois savoir pourquoi : écrire constitue mon acte de résistance envers l’effet répressif qu’ont sur moi les maintes corrections que mon collaborateur propose.
Ce dernier ne laisserait pas passer les trois occurrences du mot « écrire » dans ce premier paragraphe. Il interviendrait pour qu’on en change une par « rédiger », et tenterait de reformuler pour que de trois occurrences, on passe à deux. Or, à force d’approcher le texte dans le but de le nettoyer de ses impuretés, je perds l’instinct d’écrire, je maintiens la pédale sur le frein plutôt que de laisser s’exprimer l’inventivité.
Le tome VI compte 262 pages. Ça fait beaucoup de matériel à améliorer. Et c’est à moi seule qu’il revient d’interpréter l’exercice de manière à ne pas en souffrir. Pour une personne de mon tempérament, il est plus facile de verser dans le négatif que de maintenir le cap du positif. « Dire que je pensais bien écrire ! » est une réflexion que j’ai formulée plus souvent que, par exemple, « Bravo ! Encore une amélioration dont pourra bénéficier le lecteur ! »
On oublie qu’avant de pouvoir être amélioré, le matériel doit d’abord être créé. En d’autres mots, il est plus facile de pétrir la pâte que de la faire apparaître ! J’ai failli écrire « … que de la faire apparaître à partir de rien », mais le mot « rien » exprime l’exact contraire de ce dont il s’agit ici, à savoir le souffle, l’inspiration, l’élan, l’impulsion… Autant de mots qui désignent l’essentiel ingrédient –immatériel– sans lequel ne peut naître le texte –matériel.
Je me souhaite bonne chance dans cette démarche de retour aux sources.