
Le mot qui revient le plus souvent, dans les carnets de Jane, c’est « rigoler ». Elle rigole avec ses musiciens, avec les acteurs au théâtre et au cinéma, avec ses trois filles –Kate Barry, Charlotte Gainsbourg et Lou Doillon–avec des inconnus, avec les infirmières qui se sont occupées d’elle à la fin de sa vie, avec les membres de sa famille. Elle est très attachée à son père — qu’elle désigne par le mot Pa, et à sa mère –Ma. Ainsi qu’à son frère Andrew et à sa soeur Linda. Ils sont de toutes les fêtes, de tous les événements, de toutes les aventures. Ensemble, ils forment un clan, mais un clan ouvert qui ne craint pas l’altérité.
Une chose est sûre, elle n’a pas choisi de vivre en France en réaction contre son milieu familial. Elle a choisi de suivre Serge rue de Verneuil, disons cela comme cela. Leur relation a duré douze ans d’alcool et de cigarettes. Je dirais qu’elle n’a pas tant rigolé avec Serge, mais je dois ajouter que je n’ai pas tellement rigolé avec Jacques-Yvan, comme s’il me fallait comparer. Jacques-Yvan n’en demeure pas moins positivement soudé à ma vie, comme l’est Serge à celle de Jane.
L’univers de Jane s’articule autour de ses trois filles, de leurs compagnons, de leurs enfants. Lorsque surviendra le décès de Kate en 2013, peut-être un suicide, Jane cessera de se confier à ses carnets, elle cessera de se sentir vivante, elle se laissera envahir par le sentiment d’avoir échoué dans son rôle de mère.
Ici et là au fil des pages, au sujet de sa vie professionnelle, par exemple, elle déplore son illettrisme, son manque de talent, sa petitesse. Là, il n’y a pas à redire, je me reconnais ! Elle s’attarde aussi à son incapacité à encadrer ses enfants, elle n’avait pas un sens de l’autorité très développé, d’après ce que je comprends.
Elle se permettait de s’énerver, de faire des crises, d’engueuler ses partenaires et ses filles sans pour autant remettre en question son droit d’exister sur la terre. En ce sens, je l’envie un peu, elle se donne du lest quand je ne me le permets pas.
Il est fait référence à un tel nombre d’individus que je finis par ne plus savoir qui est Daniel, ou Michel, ou Nelly, ou Betty… Serait-ce parce que j’ai lu ses carnets trop vite ? Peut-être. Il m’arrive d’avoir conscience de lire trop vite, tellement je suis happée par le récit. Je me console de cette mauvaise première lecture en me disant que j’en ferai une deuxième plus attentive, mais je n’ai pas toujours le temps de relire, particulièrement quand un nouveau livre exerce de la pression dans la file d’attente ! Celui qui en exerce en ce moment est Code bleu, de Simon Maltais. Mais je n’en exclus pas moins la possibilité de relire au moins le premier tome, le plus joyeux, celui dans lequel la maladie ne s’est pas encore pointée…
Comme cela s’est produit avec le parfum Detchema, me voici maintenant à la recherche d’un livre épuisé mais encore en circulation, paru en 2004, intitulé Jane Birkin, écrit par son amie de toujours Gabrielle Crawford, probablement assorti de photos car Gabrielle est photographe.
Puisqu’il est question de photo, ce ne fut pas difficile d’en inclure une dans mon texte d’aujourd’hui, alors que je pensais que ce le serait hier.