
Le chien s’appelle Nemo et on rapporte qu’il a mordu les chaussures du président.
Je me suis abonnée pour un an au magazine Paris Match, malgré le prix exorbitant que cela représente. Je sais déjà quel en sera le contenu la semaine prochaine, à la réception de mon premier numéro : le récent attentat dans le Sinaï.
Nous avons passé quatre jours la semaine dernière dans le bois au lac Miroir mon mari et moi. Seuls. Nous en avons profité pour manger cétogène, pour presque jeûner tellement les plages étaient longues entre les repas, parfois vingt heures. J’ai lu en plein soleil le matin le livre sur la sérénité du cœur. Nous avons marché en après-midi dans les traces étroites des pneus de notre véhicule, dans la neige, un à la suite de l’autre, c’est-à-dire moi derrière mon mari. C’était forçant avec nos grosses bottes. J’entendais ma valve, tic tac, et j’avais chaud. Nous nous sommes assis devant le feu, le soir, en buvant un peu de vin rouge. Nous nous sommes couchés tôt.
À notre retour dans la civilisation, à St-Michel-des-Saints, nous nous sommes arrêtés au tout nouveau commerce d’essence qui fait aussi dépanneur. À peine entrée, je vois traîner sur le comptoir un exemplaire, il n’y en avait qu’un seul, du magazine français.
– Seigneur !, me suis-je exclamée, vous vendez le Paris Match ici ?
– Bien oui, ma p’tite dame, même ici on trouve le Paris Match !, a répondu l’homme derrière son comptoir en me faisant réaliser que le mot ici, dans ma question, n’était peut-être pas nécessaire.
– Remarquez, a-t-il ajouté, on ne l’a pas tout le temps. Ça dépend des livraisons.
Je n’ai pas pu résister à la tentation de le feuilleter, même si Denauzier m’attendait dans le camion. Je l’ai feuilleté rapidement et je suis tombée sur un reportage portant sur Emmanuel Macron en visite à Abu Dhabi, endroit de l’Arabie Saoudite dont je lisais le nom pour la première fois. Même pas. Endroit des Émirats Arabes Unis, après vérification sur Wiki. Les photos du reportage ont attiré mon attention parce qu’on y voit de près les chaussures impeccables du président lors d’un défilé quelconque, de même que l’étoffe de son pantalon, et le pli très frais de la jambe. Il me démangeait de me rendre au comptoir payer mon café et la revue, malgré qu’elle se détaille 6,20$.
– Je ne peux quand même pas acheter la revue parce que je suis contente de me retrouver dans la civilisation, me suis-je dit.
– Ou parce que je ressens un certain plaisir à la vue des chaussures du président et de son bel habit.
– Ou parce que j’aime le sourire presque permanent de Brigitte –sauf lors de la cérémonie soulignant le triste anniversaire des événements du Bataclan.
J’ai continué de feuilleter mais je ne portais plus attention au contenu des pages, je m’efforçais de décider : j’achète ou j’achète pas ?
– J’achète, me suis-je dit, il me reste le nombre de pas qui me séparent du comptoir pour changer d’idée.
– Tiens, ma femme s’est acheté de la lecture, a remarqué mon mari comme je remontais dans le camion.
J’ai passé une bonne partie du trajet du retour à me délecter de potins people.
Une fois arrivée à la maison, ouvrant à nouveau ma revue et tombant sur la photo ci-dessus, photo qui m’a déconcertée car je n’y ai pas reconnu dès l’abord un chien couché sur le tapis, en raison du motif du tapis, je me suis dit que Paris Match me donnait accès à du contenu déstabilisant et artistique, alors je me suis abonnée.