Jour 1 081

L'environnement très vert de la bière Heineken (gratuite).

L’environnement très vert de la bière Heineken (gratuite).

Les vaches ont recommencé à brouter dans les champs. Notre environnement très vert est donc maintenant parsemé de taches brunes. Ce ne sont pas des Holstein à mappemondes noir et blanc, mais des Hereford brun et blanc cassé. Je les entends meugler depuis mon bureau quand la fenêtre est ouverte, c’est quand même pas mal comme bruits environnants. À la même période, l’an dernier, j’étais encore en poste à l’université, avec comme bruits environnants la ventilation de l’air climatisé et le glissement pneumatique incessant de l’ascenseur.
Trois hommes se sont présentés rue Wilson à Montréal pour ramasser une cuisinière qui était à la rue en attente de la collecte dite « des gros morceaux ». Trois hommes préhistoriques qui ont l’habitude des cours à scrap. Je dirais qu’ils étaient trois frères, de même énorme gabarit, portant chacun la barbe et les cheveux longs, le visage gris comme le métal qu’ils ramassent. Ils étaient les trois vêtus d’un tee-shirt dont les manches avaient été coupées aux ciseaux, et de pantalons de type sweatpants en coton ouaté peut-être jamais lavés. Je peux me tromper, mais je pense qu’Emma en a eu un peu peur. Elle n’aurait pas souhaité les rencontrer seule dans le noir dans une ruelle. D’année en année, à la période des déménagements, je suis impressionnée par l’efficacité de ces ramasseurs de métal. La cuisinière venait d’être déposée là, dix minutes auparavant.
J’ai demandé à Emma, avec laquelle j’ai passé la journée d’hier –c’est la raison pour laquelle j’ai pu assister au ramassage de la cuisinière d’un voisin–, d’aller acheter de la bière. Nous étions en fin de journée, il était autour de dix-huit heures, et certaines choses que nous avions à faire allaient nous retenir encore un peu. J’ai donc demandé à ma fille, pour nous encourager car nous étions fatigués, d’aller acheter de la bière. Denauzier, entendant ma proposition, lui a tendu un billet de 20$. Emma a profité de son déplacement à l’épicerie pour acheter des barres aux fruits pour le dessert –car nous avons soupé ensemble–, ce sont des popsicles non chimiques faits d’ingrédients 100% naturels. Elle a acheté aussi un citron et peut-être une troisième chose. Elle a bien sûr rapporté à la maison une caisse de douze bières Heineken qu’elle s’est empressée de mettre au congélateur pour qu’elles soient bien fraîches. Pendant le souper, mettant peut-être la main à la poche de son très joli pantalon court, elle a réalisé qu’elle avait encore sur elle la monnaie du 20$ de mon mari. Elle la lui a tendue, monnaie non seulement constituée de pièces, mais aussi d’un billet de 5 dollars.
– Avec quel argent as-tu payé la bière ?, s’est étonné mon mari.
– Avec ton argent, a répondu Emma, surprise par la question.
Le coupon de caisse étant aussi dans ses poches avec la monnaie, Emma l’a consulté, pour se rendre compte qu’elle n’avait pas payé la bière !
– Tu n’as pas trouvé que ce n’était pas cher ?, lui ai-je demandé.
– Pas vraiment, a-t-elle répondu dans sa plus belle candeur.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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