Jour 1 087

carillon-acolien-en-bambou

Voici ce que j’entends par carillon, ceux en bambou sont moins énervants que ceux en métal, mais dans ma véranda fictive il y aurait les deux.

Je profite d’être assise à l’arrière de mon mari, sur la moto, pour observer les environs, particulièrement les maisons, même si je ne dispose que de deux secondes pour tenter d’y déceler la vie à l’intérieur. Je suis attirée par les petites maisons modestes qui ont gardé quelque chose de leur ancienne vie du temps qu’elles n’étaient encore que des chalets. Certaines sont installées sur des pilotis pas forcément de la même hauteur, penchant par le fait même du côté des pilotis les plus courts. J’en ai entr’aperçu plusieurs qui étaient collées sur une haie de cèdre ou de potentille plus ou moins entretenue, au bout de laquelle se tient un lilas sauvage dont les branches, odorantes à ce temps-ci de l’année, frôlent un des murs. Je suis attirée par les maisons qui ne paient pas de mine. Je me verrais passer un été dans une telle maison, sans m’en éloigner, sauf pour me rendre me tremper les pieds dans la rivière toute proche. Cette maisonnette serait dotée d’une véranda à l’abri des regards et dans laquelle je passerais le plus clair de mon temps, y dormant la nuit à la période des canicules. Elle ne serait pas orientée plein sud pour ne pas y mourir de chaleur. Il y aurait des plantes dans cette véranda, une chaise longue où je m’installerais pour lire, et peut-être des canapés, même s’il est évident qu’ils seraient un refuge pour les acariens. Il y aurait des carillons –faits par moi-même, ça fait des années que je désire en fabriquer sans jamais trouver le temps– qui tinteraient sous l’effet du vent. Une pile de livres me tiendrait compagnie sur une petite table d’appoint. Je passerais la première heure de ma journée à inspecter les plantes à l’intérieur et à l’extérieur, à les arroser, à les bichonner, accompagnée de mon café. J’irais faire quelques courses avant qu’il ne fasse trop chaud, dans des commerces bio de type magasin général qui n’existent nulle part, mais je suis en train de rêver et d’installer un décor idyllique. Il n’y aurait pas de frigo, je pense, dans cette petite maison pauvrette et je vivrais sur les achats effectués au jour le jour. J’aurais cependant accès à un réseau wifi pour écrire mon blogue, et je l’écrirais en disposant d’une table dans la véranda. Une lumière de bureau éclairerait la table, le soir, et dans cette pénombre douce et propice à la concentration j’épancherais mon cœur à l’écran sur mon ordi. Je ferais des cures de toutes sortes de choses, mangeant une grande quantité de fruits cuits, buvant des infusions de thym, m’alimentant en protéines de tofu mou. Certains jours, je recevrais de la visite. Ce seraient ces jours-là que nous irions à la rivière nous faire glacer les pieds. Certains de mes visiteurs seraient les rares personnes avec lesquelles il m’arrive parfois de créer des conversations riches et généreuses basées sur la confiance. Une fois ces visiteurs partis, je passerais des jours à penser à eux et à ce que nous nous serions dit. Je m’inspirerais des pensées qui auraient émané de nos échanges pour réfléchir par écrit sur mon blogue. Mes réflexions m’amèneraient alors vers un auteur dont le livre serait miraculeusement dans la pile sur ma table d’appoint… mine de rien, j’expérimenterais, dans ma maisonnette pauvrette, une forme de paradis.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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