La récolte a quand même été bonne auprès de Barbara hier après-midi. J’ai écrit un texte de presque 1 900 mots. Il va probablement se réduire de quelque 100 mots, donc je vais descendre à 1 800. J’enlève en effet les excès, les mots qui en disent trop pour rien, les mots qui trahissent mon tempérament excessif, comme les adverbes. Une couleur très foncée devient une couleur foncée, et une situation parfaitement maîtrisée devient une situation maîtrisée.
Je ne sais pas comment écrivent les auteurs reconnus, publiés, à succès, dont les livres se vendent. Ou même ceux dont les textes sont publiés à petits tirages, les poètes, admettons. Est-ce qu’ils attendent que les mots soient à peu près placés dans leur tête, est-ce qu’ils attendent d’entendre les mots avant de les transmettre à l’écrit ? Ou est-ce qu’ils s’installent, comme moi, devant un écran blanc et se demandent comment le garnir ? Est-ce qu’ils savent à l’avance ce qui va sortir de leur esprit, est-ce qu’ils ont décidé de l’histoire et travaillent à ne pas en dévier au fil de l’écriture ? Ou est-ce qu’ils font face à un chantier vacant dans lequel ils doivent édifier des structures sans savoir encore lesquelles ? Quand on est face à un chantier vacant, il faut un minimum d’organisation pour édifier de manière cohérente, efficace et agréable.
Au moins, pour mon recueil dont j’ai écrit deux textes sur vingt-six sans savoir si je vais être capable de le compléter un jour, au moins j’ai déterminé une structure, ou plus exactement une contrainte, que je désire respecter : chaque nouvelle comporte autour de 2000 mots, est consacrée à un personnage différent dans un contexte précis, celui d’une première rencontre avec un individu du sexe opposé. Pour l’instant, le personnage principal est féminin et son prénom se termine par la lettre a. À partir de là, je joue sur les contraires ou, à l’inverse, sur la récurrence des thèmes. Quand Alicia rencontre Hervé dans un endroit sombre et intime, par exemple, Barbara rencontre Hervé en pleine lumière sur une terrasse. Mais Alicia et Barbara ont toutes les deux une mèche rebelle qui leur cache un œil et qu’elles replacent au cours de leur conversation.
J’en suis déjà à me demander ce qui va arriver à Clara. J’en suis aussi à me demander qu’est-ce qui va arriver si je suis publiée. C’est, bien entendu, mettre la charrue avant les bœufs. Il me reste vingt-quatre textes à écrire, ça me donne le temps d’y penser, vingt-quatre textes avant d’être confrontée à cet événement éventuel, la publication par une maison d’édition, qui aura été, comme une tension qui m’aspire vers le haut, en permanence au centre de ma vie sans vraiment se produire.
Donc, hier, avec Barbara, la récolte a été bonne. Mais la veille, en soirée, elle ne l’a pas été. Je suis allée me coucher, j’ai mal dormi. À mon réveil, une idée m’a traversé l’esprit, une idée d’une chose qui pourrait être initiée par Barbara. Je suis venue m’installer devant mon ordinateur, j’ai effacé les insipidités qui couvraient mon écran, un dialogue qui occupait deux pages et qui n’allait nulle part. Je suis repartie de zéro, sur une nouvelle pente, et les mots se sont alignés d’eux-mêmes, d’abord en phrases, puis en paragraphes sur un peu plus de cinq pages.
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