Il m’est arrivé quelque chose d’épouvantable, et d’extraordinaire. Il s’agit de deux choses différentes, et non de la même chose qui aurait pu avoir deux saveurs contraires.
D’abord l’épouvantable. Je suis à l’hôpital, ce matin, et j’attends mon tour pour une imagerie médicale. J’ai hésité à me présenter à cette séance d’imagerie parce qu’il me semble que je n’ai pas besoin de passer ce test, mais j’y suis allée pareil, par docilité et pour respecter la décision de mon médecin. Mon rendez-vous était à 10h45. Il faisait beau tout le long de la route pour me rendre à l’hôpital et la musique de l’émission de Rebecca Makonnen, pour une fois, me plaisait. J’ai emprunté un trajet qui longe le Lac des Français et le Lac Cloutier, profitant de la beauté des lieux et du calme de la campagne.
Une fois à l’hôpital, on m’appelle assez rapidement pour que je me rende à la salle de l’examen. On me demande de m’asseoir là, dans un coin, et on me dit que ce ne devrait pas être long, tout au plus 5 minutes. Mais au bout de 55 minutes, donc 11 X 5 minutes, la femme qui me précède à l’examen n’est toujours pas sortie. Pendant cette presque heure, d’autres patients, évidemment, sont arrivés. Une dame âgée à la jambe très enflée est arrivée, accompagnée de sa fille. Celle-ci n’était pas contente parce qu’il y avait un autre rendez-vous en orthopédie auquel sa mère devait se présenter, et au rythme où allaient les choses, elles risquaient d’y passer la journée.
– Moi aussi, je vais y passer la journée, me disais-je, en ayant envie de revenir sur ma décision et de m’en aller.
Bibi et mon père m’attendaient pour dîner, j’étais à jeun et, surtout, nous avions planifié d’aller voir Démolition au cinéma à 13h30.
Une autre dame, sur une civière celle-là, est arrivée. Une dame de 67 ans, vivant à St-Félix, avec laquelle, comme on peut le constater, je me suis mise à jaser.
– Je me suis fait opérer pour un cancer, on m’a tout enlevé, la vessie, les ovaires, l’utérus, tout ce qui pouvait être enlevé l’a été. Maintenant, je vis avec un sac. Ça allait bien, je prenais du mieux, quand ça s’est mis à aller dans un autre sens.
– Quel autre sens ?, ai-je demandé en sachant bien que ça voulait dire que ça s’était mis à mal aller.
– Dans le sens que les médecins pensent que j’ai peut-être l’intestin perforé. Qu’il a peut-être été perforé lors de la chirurgie. Je vous passe les détails, mais ce n’est pas facile. Une autre opération, alors que mes cicatrices ne sont pas encore refermées, c’est une autre paire de manches… Et si l’intestin n’a pas été perforé par le chirurgien…, a-t-elle enchaîné sans terminer sa phrase.
Je fais pareil, je passe à mes lecteurs les détails des pensées qui m’ont traversé l’esprit, et secoué les genoux, et fait s’effondrer mon cœur. Ça, c’était la partie épouvantable.
La partie extraordinaire, maintenant.
– Je vais être encore ici à trois heures cet après-midi, me disais-je, et je vais rater Démolition.
Une dame venait de dire qu’elle avait froid, ça faisait une heure, comme moi, qu’elle attendait, en jaquette dans une pièce mal chauffée. Alors je me suis levée pour aller lui proposer mon manteau, qu’elle a refusé parce que j’imagine qu’elle était gênée, et je retournais m’asseoir dans mon coin, en me disant que j’allais y passer la journée, comme tout le monde, quand une préposée m’a demandé si j’étais Mme Longpré. J’ai répondu que c’était bien moi. Elle a ajouté que ce serait bientôt mon tour. Bientôt mon tour, dans un environnement hospitalier, ça doit vouloir dire dans quelques heures, me suis-je dit en la remerciant.
– D’ailleurs, vous pouvez déjà entrer, m’a-t-elle dit en ouvrant la porte.
J’en ai eu pour deux minutes, sans porter de jaquette, sans avoir froid, sans aucun inconfort. Quand je suis sortie, j’avais en face de moi la dame qui avait froid, et celle dont la santé était pour le moins vacillante. Je les ai regardées et je leur ai souhaité bonne chance. Celle qui avait froid m’a répondu Merci en me faisant un beau sourire et même en agitant un peu la main. Celle qui avait la santé vacillante n’a eu la force –psychologique– que d’esquisser un mince sourire.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories
Alors tout va bien du côté de ton tic-tac?
J’aimeJ’aime
Oui, le coeur va très bien. L’examen était en lien avec des migraines ophtalmiques.
J’aimeJ’aime