
J’ai annoncé hier que je mettrais en ligne aujourd’hui la version originale du chevreuil, tel qu’il apparaît sur le carton d’emballage.
– C’est comme si on sortait d’une retraite fermée, ai-je dit, guillerette, à ma voisine.
Nous nous sommes rencontrées sur le chemin où nous habitons, marchant les deux couples, au beau soleil, en sens opposé jusqu’au moment de nous croiser. J’étais, donc, en compagnie de mon mari. Et elle du sien. Et nous avions, les deux couples, notre chien en laisse. Comme cela arrive souvent au moment où deux couples se rencontrent de cette manière, les deux hommes se mettent à marcher ensemble et les deux femmes en font autant, derrière.
– C’est ma première sortie depuis mardi dernier, ai-je dit à ma voisine amie. J’ai commencé à ne pas me sentir bien en soirée. Je me suis levée le mercredi avec un nez à la place du robinet…
– Tu veux dire un robinet à la place du nez ?
– Oups ! Je me suis trompée, je veux parler trop vite ! Avec un robinet à la place du nez. Ç’a duré toute la journée, et encore jeudi, quoique en fin de journée jeudi je commençais à me sentir un peu mieux, et aujourd’hui vendredi nous prenons enfin l’air !
Là-dessus, je me suis mise à tousser comme une bonne, pour donner plus de poids à mon histoire.
– On étouffe, au bout d’un moment, quand on ne sort pas, tu ne trouves pas ?, m’a demandé ma voisine.
– Oui et non. Je n’avais pas la force de sortir, surtout qu’hier il pleuvait, et j’étais très occupée par mon chevreuil. Et Denauzier et moi nous faisons des blagues et nous nous amusons, même malades.
– Quel chevreuil ?, a demandé ma voisine en commençant à se demander si je n’avais pas pris trop de médicaments.
– J’ai commencé un projet de peinture à numéros le mois dernier qui représente un chevreuil. Au début, j’ai trouvé ça difficile. Je pensais me détendre en remplissant les petites zones, sur le dessin, de couleurs déjà décidées, mais les zones, justement, sont petites et ça demande beaucoup de minutie. Comme je n’étais pas vraiment malade, parce que je n’avais qu’un rhume, j’ai passé mes journées à peindre mon chevreuil et à ne rien faire d’autre.
– Même pas les repas ?, m’a demandé la voisine.
– Un peu les repas. Nous avons fait un hachis parmentier, mais au lieu d’y mettre l’habituelle purée, Denauzier a décidé d’y aller pour des petites patates rissolées. C’était bon, mais sans plus. Alors pour le repas suivant, il a ajouté de la soupe aux tomates pour donner plus de la saveur.
– C’était bon ?
– Pas vraiment. Nous avions aussi une casserole pas mal pleine de chili con carne très piquant. Alors au repas suivant nous avons mélangé un peu de hachis avec un peu de chili. Et de fil en aiguille, nous avons mélangé tout le hachis avec tout le chili, et c’est ce que nous avons mangé deux jours d’affilée !
– Finalement, on n’a pas l’impression que vous avez souffert de votre réclusion !, a conclu ma voisine en souriant.