C’est curieux. J’ai poursuivi mon rêve la nuit dernière, le rêve de la nuit avant-dernière qui me conduisait à une grande bibliothèque. Pour ceux qui auraient eu l’occasion d’oublier et qui n’ont pas envie de relire le texte du jour 1 187, je tentais d’atteindre une bibliothèque en marchant sur des plaques de bois qui allaient s’éloignant l’une de l’autre. Dans mon rêve de la nuit dernière, je finissais par m’approcher des grandes portes vitrées de la devanture de l’édifice et par entrer, me demandant, sitôt que j’y mettais les pieds, quels livres j’avais envie de consulter. La question du choix des livres ne se posait pas longtemps parce que je tombais nez à nez sur une cousine –une vraie cousine dans la vraie vie.
– Je ne sais pas ce que j’ai dans ma culotte, se plaignait-elle en se tortillant le bassin, –elle habituellement très prude. On dirait une couche qui me gratte le bas du dos, je meurs d’envie de me gratter !
Je trouvais stupide de lui demander si elle avait essayé de se gratter, ou si elle était allée vérifier l’état de sa culotte dans les toilettes publiques, alors je la regardais, abasourdie, sans dire un mot. Puis il m’en venait un :
– Bonjour !
– Excuse-moi !, me répondait-elle en mettant sa main sur mon bras. Bonjour Lynda !, ajoutait-elle. Si tu savais à quel point je ne me sens pas bien…
– Est-ce que je peux t’aider ?
– Peut-être que oui, répondait-elle après une légère hésitation. Des amis m’ont dit qu’au dernier étage de la bibliothèque la vue était époustouflante. Or j’en arrive et j’ai trouvé ça ordinaire. Irais-tu voir et me donner ton avis ?
Comme je constatais qu’elle n’était pas très essoufflée pour une personne qui revenait du septième étage, quoique en descendant ce n’est, effectivement, pas essouflant, je lui demandais si elle avait pris l’ascenseur. Elle me répondait par la négative.
– Je t’attends ici, ajoutait-elle.
Je n’avais pas tellement envie de monter au septième étage, à pied ou en ascenseur, parce que cette cousine est pas mal directive et je n’aime pas me faire dire quoi faire. Mais une chose m’avait plu, de ce qu’elle m’avait dit, c’est qu’elle aimerait avoir mon avis. Il m’arrive souvent de demander leur avis aux gens de mon entourage et la plupart du temps on dirait qu’ils n’ont pas envie de répondre, qu’ils n’ont pas d’avis, que ma question ne les intéresse pas, ou quoi encore. Pour une fois que je tombais sur une personne qui s’y prenait de la même manière que moi, j’aurais été folle, ou pas mal plate, de refuser et, ce faisant, de ne pas être solidaire. Je prenais cependant la peine de mentionner que j’y allais à pied, juste pour faire savoir à ma cousine que j’acceptais d’obéir, mais que j’obéissais à ma manière.
– Ça pue dans l’ascenseur de toute façon !, me répondait-elle en parlant fort parce que j’avais déjà commencé à m’éloigner.
– Elle prend peut-être de la drogue et c’est la première fois que je la vois droguée, me disais-je pour m’expliquer ses propos sans retenue.
Je commençais à monter les marches du deuxième étage quand une personne me bousculait en le faisant exprès. Bien entendu, je découvrais qu’il s’agissait de nul autre que mon premier amoureux à vie, auquel je rêve encore, quarante ans plus tard. Il tenait quelque chose dans son poing fermé.
– Ferme les yeux, me disait-il en effleurant mon bras. Transie d’émotion par cet effleurement, je fermais les yeux avec dévotion.
– Tu ne te rendras jamais au septième si tu t’arrêtes à chaque étage, me disait alors la cousine qui arrivait sur l’entrefaite.
Je l’aurais volontiers étripée, entendant sa voix qui rompait le charme que j’aurais voulu ne jamais voir rompu.
– Tu peux ouvrir les yeux, me disait mon premier amoureux, comme si la cousine n’existait pas.
D’une espèce de grosse ouate –qui pourrait ressembler à la couche dans la culotte dont se plaignait la cousine– s’échappaient alors des milliers de fines particules multicolores qui rendaient l’endroit féérique.
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