Jour 1 185

Vinicius. Je lui trouve quelque chose de Serge Reggiani. Ou l'inverse.

Vinicius. Je trouve que Serge Reggiani lui ressemble un peu.

J’écoute Vinicius de Moraes pendant que je peins ma matrone géante dont la chemise, légère, a les manches bouffantes. J’ai travaillé une partie de la journée sur les manches et je n’ai pas fini, bien qu’elles soient courtes.
Assez rapidement, quand mes parents se sont séparés –j’avais dix ans–, la nouvelle compagne de mon père est venue vivre avec nous, à la maison de St-Alphonse. Elle avait dans ses bagages le 33 tours du film Un homme et une femme. Une révélation. Je n’ai jamais vraiment aimé la chanson Comme nos voix dabadabada… mais j’ai dû écouter mille fois Samba Saravah. La même chanson s’intitule Samba da Bênçao quand c’est Vinicius qui la chante –et la joue car il s’accompagne parfois à la guitare. Sur l’enregistrement que j’écoute en ce moment, il y a une espèce de cornet trompette qui improvise pendant qu’il parle, plus qu’il ne chante. Son interprétation est beaucoup moins rapide –et plus poétique– que celle de Pierre Barouh. Je faisais souvent jouer le disque de belle-maman dans la grande pièce à l’avant de la maison, une véranda entièrement vitrée. Ma préférence allait à écouter le disque le soir, parce qu’alors je pouvais me voir dans les vitres grâce aux reflets des lumières du plafond. J’en profitais pour faire des exercices, de la gymnastique, toutes sortes de mouvements qui ne requéraient pas de saut car alors l’aiguille sur le 33 tours aurait sauté. Je me rappelle à quel point je me sentais bien quand j’entendais les accords de la guitare, le rythme de la samba et la voix de velours de Pierre Barouh. Je me disais que ma vie serait aussi belle qu’était belle cette musique, une fois que je serais en âge de gagner ma vie, que j’aurais quitté la maison, et toutes ces choses qu’on se dit quand on est adolescente. La manière dont j’allais gagner ma vie ne m’effleurait pas le moins du monde, j’allais me créer une vie merveilleuse par l’intervention de la magie ! Ai-je eu une belle vie ? J’ai eu une vie calme, somme toute, pas aussi trépidante et stimulante que celle de Claude Lelouch. Je n’arrive pas à la cheville de la beauté d’Anouk Aimée –mais je ne peux pas dire que je suis renversée par son talent. Et toute ma litanie habituelle : je ne suis pas une écrivaine et, en peinture, pas un Riopelle. Pouf. Néanmoins, il m’est arrivé à quelques reprises de changer ma vie sur un trente sous, comme le dit papa, ce n’est pas tout le monde qui est capable de faire ça. Et, voyant avec quelle facilité j’ai changé ma vie sur un trente sous, je me rends compte qu’il n’était pas nécessaire que je me demande de quelle manière allait se façonner ma vie. C’est comme pour mes toiles et mes textes, elles et ils se façonnent tout seuls. Ce n’est pas vraiment moi qui décide.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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1 Response to Jour 1 185

  1. Avatar de Daniel Bergeron Daniel Bergeron dit :

    Merci de partager ton goût pour la musique et me rappeler de bons souvenirs. J’ai déjà entendu Pierre Barouh à l’hôtel Iroquois dans le vieux Montréal il y a de celà quelques années. C’est un chanteur et un musicien fortement influencé par la culture brésilienne. La chanson Samba Saravah en français est je crois de sa traduction ou de son interprétation française. En effet, la saveur de la musique brésilienne et spécialement celle de Vinicius de Moraes touche nos coeurs.

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