Jour 1 192

Je ne sais pas pourquoi je m’y prends de cette façon. Je m’y suis toujours prise de cette façon. Cette semaine, Denauzier était absent, en voyage d’affaire. J’ai passé les deux premiers jours à peindre comme si ma vie en dépendait. Il a neigé et il a plu et les routes n’étaient pas recommandables. J’en ai profité pour annuler mes sorties et me dépenser à 1000% pendant ces deux jours. Sitôt levée, je descends me préparer un café. Je ne m’habille à peu près pas –mais je mets mes basquettes dans lesquelles sont déjà glissées mes orthèses. Je ne me coiffe pas, je ne me regarde pas dans le miroir pour ne pas me décourager, je ne range rien dans la chambre, je ne fais pas le lit, je ne mange pas. Je me rends dans mon atelier, mon café à la main, et je peins –ayant déposé ma tasse quelque part à proximité. Nicky, la chienne, s’installe sous ma table de travail. On pourrait penser qu’une fois seule j’essaie de rattraper le temps que je n’ai pas lorsque nous sommes ensemble, Denauzier et moi. Or, je suis à la retraite et j’ai du temps. Or, même avant de connaître Denauzier, j’agissais de la même manière. Lorsque j’étais propriétaire d’une maison à St-Alphonse, je pouvais me lancer dans le jardinage et ne faire que ça, pendant toute la journée, bibittes pas bibittes, dans l’urgence, à croire que les fleurs et les arbustes étaient menacés de mort et que je devais agir dans la minute même. Quand je n’en pouvais plus de faim et de soif, je me rendais dans la maison attraper ce qui me tombait sous la main. Je mastiquais avidement, à la fois parce que je me sentais faible et à la fois pour me débarrasser, je n’avais pas que ça à faire, manger !
Cette semaine, c’est la matrone géante automate qui m’a occupée, au début dans un grand découragement, puis, les lignes et les couleurs trouvant leur place sur la toile, dans un certain plaisir. J’ai aussi lu Winston. Je l’ai rapporté à tonton aujourd’hui. Encore là, j’étais en compétition avec le temps pour finir le livre avant la fin de la journée d’aujourd’hui.
Quand il détruit la flotte française afin qu’elle ne se retrouve pas sous contrôle allemand, Churchill fait état des résultats de cette destruction et de ce carnage auprès de ses pairs en Chambre dans un état fébrile, ses mains tremblent. Il s’attend à être lapidé et demande à la nation, en fin de discours, de juger de ses actes, jugement auquel il entend se conformer. Une fois terminé son laïus, il s’assied comme s’il était à bout de force et éclate en sanglots. Qu’est-ce qui arrive ? Ses pairs l’applaudissent !
Quand elle a fait ses premières imitations en salle, Véronic Dicaire, convaincue d’avoir été épouvantablement mauvaise, croyait que les gens se levaient non pour l’ovationner mais parce qu’ils avaient pitié d’elle et voulaient l’encourager !
J’adore, chez l’un comme chez l’autre, ce qui me semble être un total don de soi.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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