Jour 1 226

J'y suis allée pour un concept.

J’y suis allée pour un concept, le concept des lignes de mêmes couleurs à l’intérieur du vase, sur la tasse, sur une branchette.

J’ai rêvé que j’errais au sein d’un groupe de jeunes gens qui faisaient le party. Ils étaient tous saouls, se comportaient étrangement, ne tenaient pas trop sur leurs pieds, parlaient fort. Les conversations n’avaient ni queue ni tête et ça ne me tentait pas de faire semblant de m’y intéresser. L’éclairage était sombre et une partie de la fête se tenait non loin d’une plage, il me semble, dans un environnement où dominait le brun, peut-être à cause de la couleur du sable mouillé. Bien entendu, je ne savais où aller parmi cette faune, je ne trouvais personne à qui parler, je ne pouvais pas m’amuser moins. Soudainement, je découvrais une pièce au plafond très haut dans laquelle une couleur turquoise irradiait dans la lumière. Des femmes s’y affairaient qui fabriquaient des œuvres d’art avec une aisance extraordinaire. Non seulement possédaient-elles une aisance remarquable, mais aussi une efficacité qui se traduisait par une vitesse d’exécution que je n’avais jamais vue. Les femmes avaient en effet, en quelques minutes, construit une table du bois le plus noble, tissé un tapis de table aux couleurs les plus riches, conçu une housse pour protéger la surface de la table qui se pliait et se dépliait en deux temps trois mouvements. À cela s’ajoutait une espèce de malle en osier pliable dans laquelle on pouvait ranger la table, une fois démontée, pour la transporter. J’étais séduite par le talent de ces femmes et espérais faire partie de leur communauté pour apprendre à créer de si belle manière. Pour faire partie de leur communauté, il suffisait de dormir avec elles dans la même pièce, sur des matelas directement posés sur le sol. On couvrait nos corps nus de voiles translucides et on s’endormait en plongeant son regard dans le regard de la voisine, sans autres attouchements. Les premières à s’endormir émettaient des sons de chattes d’une sensualité troublante. Fidèle à moi-même, il me fallait du temps, presque une heure, avant de m’assoupir et au moment où enfin je m’assoupissais, il me semblait qu’une main se glissait dans la mienne. La main de ma voisine féline, dont je ne connaissais même pas le prénom, était chaude et m’incitait à m’abandonner. Le lendemain, à mon réveil, je n’avais qu’une idée en tête, demander au groupe de m’accepter pour ne vivre désormais que dans le milieu de l’art.
– Vous avez du chemin à faire, me répondait la tête dirigeante du groupe, une femme à la chevelure opulente et au corps minuscule.
Elle observait mon dessin ci-dessus, et particulièrement la tasse (minuscule) à côté du vase (gigantesque).
– Vous êtes encore jeune et vous maîtrisez bien les couleurs, ajoutait-elle. Nous allons vous prendre à l’essai pour une durée indéterminée.
Au moment où je m’écriais, ravie, que j’étais faite pour cette vie de gynécée, Denauzier m’a réveillée, il était 6h30, pour que j’aille, avec ma belle-maman, faire mes prises de sang mensuelles au CLSC.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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