Je suis arrivée à Aix-en-Provence un 19 octobre, tard le soir. J’ai été surprise d’entendre tant de mobylettes pétaradantes et de trouver le cours Mirabeau si animé sous la voûte magnifique que formaient les platanes. Mes études allaient être dans le domaine de la création littéraire, au niveau de la maîtrise, et ma directrice de recherche serait Annie Rocheleau. Une fois cela réglé, j’étais encore au Québec, je ne me suis plus trop préoccupée de mon avenir. Je ne me suis surtout pas demandé qu’est-ce que j’allais écrire. Après quelques rencontres assez peu intéressantes de deux minutes chacune avec Annie Rocheleau, il a été décidé, pour me sortir de mon inertie, que j’allais écrire un texte de cent pages. Je l’ai écrit. Le titre du mémoire est Pourquoi Paul-Émile ne lui donnait-il pas de nouvelles de la Tanzanie ? Il s’agit d’un texte écrit au je, qui va dans tous les sens, qui est bien écrit quand on le lit mot à mot, mais dont on ne retire rien par manque de structure, d’architecture, de rigueur, de cohésion, etc. Fidèle à la bachelière qui ne relisait pas ses travaux corrigés, je n’en ai pas conservé de copie. J’avais reçu une note moyenne, disons B-. J’avais fourni un effort de niveau 2 sur une échelle de 10.
L’automne dernier, je suis allée passer quelques jours chez Thrissa. L’avantage d’avoir étudié à Aix, c’est que j’y ai connu Thrissa. Elle participait de son côté à un échange initié par son université à Toronto. J’étais chez elle, donc, l’automne dernier, et j’ai mis la main sur son mémoire de maîtrise, un texte féministe autour de l’œuvre de Simone de Beauvoir. Elle devait retourner à Toronto à la fin de l’année universitaire et m’avait demandé d’aller faire relier son mémoire et de le déposer à sa place à la faculté car elle manquait de temps. Je ne sais pas si le geste a été délibéré de ma part, mais la chère Thrissa a déposé à son insu un mémoire de maîtrise dont la page couverture cartonnée était rose, la couleur de mon choix, idéale pour un essai féministe.
L’année suivante, toujours à Aix, j’ai écrit un autre mémoire, de D.É.A. celui-là, qui correspond à un niveau d’études un peu plus avancé que celui de la maîtrise. J’ai analysé quelques textes de Gertrude Stein. Je me demande encore comment cette femme est venue jusqu’à moi. Je dirais que c’est parce qu’elle était une amie de Picasso. Lors de ma première rencontre avec Annie Rocheleau, l’année précédente, je lui avais fait part de mon désir d’écrire un texte de fiction en m’inspirant d’un peintre.
– Connaissez-vous le milieu de la peinture ?, avait été sa première question.
– Non.
– Peignez-vous ? Dessinez-vous ? Avez-vous suivi des cours au Canada ?
– Non.
– Alors oubliez ça.
Je trouve l’anecdote intéressante aujourd’hui alors que je peins, même si je ne sais pas dessiner. Je trouve l’anecdote intéressante aujourd’hui alors que je peins, et que je n’aurais jamais imaginé, à cette époque-là, que je peindrais un jour.
Le mémoire de D.É.A. m’avait valu une note parfaite, A+. Je l’avais écrit avec une facilité déconcertante en fournissant un effort de disons 3 sur 10 compte tenu des lectures en anglais et en français qui avaient été nécessaires. Mais je n’avais retiré aucun plaisir de cet exercice, l’invention y étant absente.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories
