Jour 1 247

Cette œuvre ci-contre est devenue cette œuvre ci-dessous. Cette œuvre ci-contre qui contenait trop d'information est devenue cette œuvre ci-dessous qui en contient moins. Il faudrait que les conditions de lumière soient les mêmes pour mieux se représenter le changement. Or, aujourd'hui il fait tempête et il entre moins de lumière dans la maison. Ce n'est pas propice à la prise de photo. Je trouvais depuis le premier jour de leur installation que les toiles étaient trop chargées. Et que les deux motifs n'étaient pas assez contrastés. Et que les grosses lignes noires qui se voulaient des espèces de cicatrices ou de fermetures éclair gâchaient la sauce.

Je me suis demandé par quel miracle ma soeur pouvait avoir découvert que Charlebois existait.

J’étais hier dans une maison dont l’art semble absent. Je ne peux rien affirmer, j’y étais pour la première fois et je n’ai pas visité toutes les pièces. Je me suis sentie, à peine arrivée, comme à une autre époque de ma vie. Je me suis sentie menacée par un effet de sécheresse, par un manque de folie, de fantaisie, par un manque d’élan, de plaisir, par un manque de tout ce qui me rend vivante. Assez rapidement, j’ai compris que je me sentais comme lorsque j’étais petite chez mes parents. Rien n’égayait les murs de notre logement quand j’avais cinq six ans. Il n’y avait pas de livres qui traînaient dans la maison, pas d’ouvrage de broderie, pas de tricot en cours de réalisation. Pour toute musique, mon père m’a raconté que maman écoutait Michel Louvain et Pierre Lalonde l’après-midi sur des microsillons quand nous étions à l’école. Notre logement de la rue Ste-Angélique était bien tristounet. Le seul élément un tant soit peu artistique que l’on pouvait y trouver, ou dont je me souvienne, c’était de la toile de jute qui recouvrait des briques. Une idée, probablement, de mon oncle Claudius, l’oncle dans la famille de ma mère dont tout le monde se moquait, justement parce qu’il avait quelque chose d’un artiste. Les briques servaient à séparer quelques planches de manière à obtenir une bibliothèque, sans livres sur les tablettes, seulement des bibelots. Une hauteur de trois briques séparait les planches de part et d’autre. La brique du dessous de la pile était recouverte de toile orangée, la deuxième de toile vert kaki, la troisième de toile bleu crépuscule. Parce qu’elle était mon aînée, Bibi m’a initiée à certaines formes d’expression artistique. Elle a fait entrer de la vie dans notre univers familial. Je me rappelle du soir où elle m’a montré sa plus récente acquisition, le 33 tours Lindberg de Robert Charlebois. Je me rappelle surtout avec quelle stupéfaction j’ai regardé la pochette de l’album. Comment ma sœur pouvait-elle avoir découvert que Charlebois existait ? Cela me dépassait.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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1 Response to Jour 1 247

  1. Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

    :O) Triste et touchant. Alors comment l’écriture est-elle arrivée dans ta vie, pour y devenir si importante? Et la musique? Raconte-nous la suite… Tu as toute une belle grande année 2016 toute vierge et propre pour le faire! Je te la souhaite bonne, chaude, sereine et douce!

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