Lundi soir le 21 décembre à 19 heures, Emma jouait de la flûte accompagnée au piano, en examen de fin de session au cégep St-Laurent. Comme nous avons été occupés, Denauzier et moi, à préparer des tourtières pour le repas de Noël, en utilisant de l’orignal fraîchement rapporté de la chasse, nous sommes partis sur les chapeaux de roue pour Montréal en fin d’après-midi. Il neigeait à St-Jean-de-Matha pour la première fois de l’hiver, mais c’est un peu normal qu’il en ait été ainsi parce qu’hier était justement le premier jour de l’hiver, la journée la plus courte de l’année –et donc les jours rallongent à partir d’aujourd’hui. Nous ne sommes pas arrivés en retard, malgré mes craintes, nous avons même eu le temps de manger des clémentines dans la voiture, dans la cour du cégep, parce que nous étions un peu en avance. Quand nous sommes entrés dans la salle où avait lieu le récital, j’étais tellement nerveuse que je n’étais pas capable de me concentrer. À l’amie d’Emma qui est venue se joindre à nous, j’ai posé toutes sortes de questions idiotes, mais c’était plus fort que moi, il fallait que je les pose.
– Est-ce qu’Emma va bien ?, me suis-je empressée de lui demander.
– Aussi bien que la semaine dernière, fut la réponse de l’amie, qui me rappelait ainsi qu’effectivement nous étions ensemble toutes les trois pas plus tard que la semaine dernière.
– Est-ce que sa santé tient le coup ?, fut ma deuxième question.
– À ma connaissance oui, fut la réponse. Emma nous a préparé un excellent Pad Thai samedi dernier, toutes les filles ont adoré.
L’amie faisait référence à un repas qui réunissait les animatrices de leur groupe scout à toutes deux. Je n’ai pas su quel était le lien entre ma question sur la santé de ma fille et la réponse sur la préparation d’un repas, mais dans l’état où j’étais, je trouvais presque normal qu’il n’y ait pas de lien entre les phrases.
– Sais-tu si elle se sent nerveuse ?, fut la troisième question de la maman.
– Cet après-midi elle a pratiqué et m’a dit que si elle jouait aussi bien ce soir, ce serait parfait !
– J’espère qu’elle n’a pas trop pratiqué !, me suis-je exclamée, me rappelant qu’un ami du conservatoire, autrefois il y a tant d’années maintenant, avait raté son examen de concours parce qu’il avait pratiqué huit heures dans sa journée, et s’était retrouvé épuisé sur scène en soirée devant les juges.
– Elle n’a pas pratiqué tant que ça cet après-midi, fut la réponse de l’amie, mais je crois savoir qu’elle a aussi pratiqué ce matin…
Sur ce, arrive notre Emma, joliment et originalement vêtue, haute sur ses talons dans ses chaussures de concert. Je l’ai enlacée et trouvée fort à l’aise, semblant beaucoup moins nerveuse que moi et en pleine possession de ses moyens.
Emma était la dernière étudiante à jouer devant les juges, parce que l’ordre d’apparition était basé sur l’année : les premières années du D.E.C., les deuxièmes années, puis chouchou, la seule en troisième année parce qu’elle est la seule en double D.E.C.
Quand tout fut terminé, Emma est venue nous voir et nous a dit qu’elle ne s’était pas sentie nerveuse.
– Je ne sais pas si cela m’a servie, ou desservie, a-t-elle ajouté. Mais je pense que j’ai bien joué !
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