Jour 1 257

Denauzier et moi allons changer mon cadre de place. Maintenant qu’il fait jour (car nous l’avons installé hier soir), c’est toute la lumière de la grande fenêtre, provenant du mur opposé à celui du cadre, qui rend le bouquet presque impossible à voir. Cela signifie ceci : sur le mur où est présentement le cadre au plexiglas, il faudra installer une œuvre sur toile –qui se fiche éperdument des reflets–, de grand format pour obtenir un effet maximal. Cela encore signifie ceci : en attendant l’installation de l’éventuelle toile de grand format, il faudra vivre avec un clou, et un trou, dans le mur.
Cette nuit j’ai rêvé que mon mari avait une maîtresse. Je les découvrais tous les deux, assis à l’écart quelque part. Mon mari était beau à voir, j’aimais sa position attentive auprès de sa chérie, son bras à lui appuyé sur le dossier de sa chaise à elle. Il tentait de la consoler. J’étais désolée que mon mari ne m’ait pas parlé de cette aventure. Je constatais que la dame, plus jeune que moi et à la chevelure noire, ne devait pas être facile à suivre. Elle pleurait et se plaignait de ne pas voir Denauzier plus souvent. Cela me réconfortait presque, je me disais qu’avec moi mon mari pouvait profiter davantage de la vie. Du coup, je me demandais pourquoi il avait eu envie d’aller vers une femme qui lui compliquait la vie. Par méchanceté, je décidais qu’à notre prochaine rencontre, j’allais m’éloigner de lui pour me venger. Arrive donc la prochaine rencontre, mon mari s’approche de moi et plutôt que de l’enlacer je pars à la course et je m’enfuis. Je cours, je cours, pour me rendre compte que Denauzier ne me suivait même pas ! Essoufflée, je m’arrête et je me découvre habitée par deux sentiments contradictoires : d’un côté, j’aurais voulu que Denauzier me prouve son amour en me courant après, d’un autre côté, je trouvais qu’il avait raison de ne pas s’être laissé embobiner par ma manigance méchante. D’un côté encore je me disais que je m’étais comportée en idiote, courant ainsi sans mot dire, d’un autre côté j’avais envie de demander à mon mari combien de maîtresses supplémentaires il comptait faire entrer dans sa vie. Puis, penaude d’avoir mal agi, je revenais de moi-même vers Denauzier, heureuse d’être capable, sans bouder pendant dix-huit jours, de me pardonner mes comportements stupides. Heureuse aussi de ne pas faire endurer plus longtemps à mon mari mes sautes d’humeur et ma vengeance inutile. Ainsi, je m’approchais de lui, je mettais mes mains autour de son cou, et je lui parlais de la pluie et du beau temps, lui faisant ainsi comprendre qu’il n’avait rien à m’expliquer et que je ne lui demandais pas de se justifier. J’aimais mon mari. Point final.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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