Il me semble avoir déjà écrit à propos d’une dame que j’avais suivie en voiture sur une bonne distance depuis Joliette. Elle se rendait à la même place que moi et ne s’était pas rendu compte que je l’avais suivie tout le trajet. Nous nous étions parlé aux casiers postaux du rang où nous habitons. La même chose s’est produite hier, dans une version encore plus intéressante. Comme la route 337 est bloquée pour travaux –j’en ai subi les conséquences en me perdant mercredi soir dernier–, je suis passée par une autre route, hier samedi. J’allais souper chez ma tantine et mon tonton qui m’avaient invitée ainsi que les grandes pattes d’ours et sa compagne, que j’appellerai oursinette car elle est de petite taille. À l’intersection de Ste-Marcelline, j’arrive en même temps qu’une voiture grise. J’ai failli lui faire un appel aux phares pour l’inciter à s’engager avant moi car elle semblait attendre que je passe en premier. Finalement elle s’est engagée et me voilà derrière la Hunday grise. On roule, on roule. Je suis contente car le conducteur devant moi ne roule pas vite. Je me dis que je ne risque pas de me faire arrêter pour excès de vitesse. Puis, je me rends compte que la voiture tourne au même endroit que moi, sur l’avenue des Monts à St-Alphonse-Rodriguez. Et même, là où il faut tourner pour arriver chez tantine et tonton, la voiture tourne aussi. Je suivais mon frère et oursinette, nous arrivons en même temps ! Génial. Nous avons passé une soirée épatante. Une soirée très Longpré. Une soirée de baguettes en l’air agrémentée de beaucoup de décibels provenant de nos cris et de nos rires. Tantine m’imite volontiers en parlant avec un petit accent et une bouche pincée. Elle dit de moi qu’il suffit que l’on dise blanc pour que je dise noir, et elle a quand même un peu raison. À l’approche de Noël, et aussi pour les remercier de tant de bonté, je suis arrivée avec une bouteille de Prunelle de bourgogne car je sais que tantine adore ce digestif, une bouteille de vin de Sardaigne pour accompagner le repas et, comme découverte, une bouteille de Chartreuse verte à 55% d’alcool. Une fois le repas terminé, tout en jouant au Chromino, nous en avons bu. Oursinette et tantine m’ont dit s’être trouvées pompettes à peine bue la première gorgée. Pour ma part je n’ai pas senti d’effet, je n’ai que dégusté épicuriennement la saveur de la liqueur. Lorsque nous sommes repartis, tantine nous a dit que c’étaient nous, les neveux et nièces, qui les gardaient si jeunes, elle et tonton. Elle nous a remerciés, comme presque à chaque visite, d’être présents dans sa vie. Sur le chemin du retour, j’ai à nouveau suivi les pattes d’ours et oursinette, jusqu’à l’intersection où nous nous étions rencontrés. Je me suis dit que je ne connaissais pas assez mon frère et que s’il devait nous quitter demain admettons d’un accident de voiture –bien qu’il ne conduise pas vite !–, je serais habitée par le regret de ne pas avoir assez profité de sa beauté, de sa riche beauté intérieure, de sa belle richesse entière.
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