Juste des petites précisions de rien du tout aujourd’hui vendredi.
Lorsque nous sommes allés visiter les monsieurs vendeurs de tôle à Charrette, nous avons jasé tant et si bien qu’au moment de notre départ, comme à des personnes amies, et non comme à des clients, ils nous ont dit : Vous reviendrez !
La fois qu’un homme que je ne connaissais pas m’a dit Tu reviendras, après que j’aie eu passé une partie de l’après-midi chez et avec lui, j’ai pleuré comme une madeleine pendant plus d’une heure. J’habitais à Québec et j’étais dans la vingtaine. Je pleurais en marchant, parcourant la distance pour m’en retourner chez moi. Au-delà du fait que ses paroles m’ont touchée, paroles d’accueil et de bienvenue de la part d’un presque étranger, je ne sais pas pourquoi j’ai tant pleuré. Ces paroles d’accueil exprimaient l’absolu contraire du sentiment que j’entretenais envers moi-même, ne m’aimant pas à cette époque-là. Quand même, que j’arrange ça n’importe comment pour essayer d’expliquer ma réaction envers sa gentillesse, j’en avais pleuré une shotte.
En lien avec mon dossier vestimentaire, cette fois-là de tant de pleurs, je portais des shorts de coton épais et soyeux de couleur kaki achetés au Surplus de l’armée, conformément aux goûts de l’époque, particulièrement aux goûts de mes amies qui étaient en majorité orientées sexuellement à l’inverse de moi qui suis hétéro. Le haut était une très jolie chemisette en coton de qualité, achetée probablement dans un organisme de charité de type St-Vincent-de-Paul. Y étaient imprimées de petites marguerites blanches sur un fond un peu kaki mais plus pâle que la couleur des shorts. Les fleurs étaient circonscrites par une fine bordure noire. J’aimais la chemisette mais je n’aimais pas la porter parce qu’elle était un peu courte et laissait voir la peau du ventre quand je levais les bras.
Donc les vendeurs nous ont dit Vous reviendrez, un ami non ami m’a fait pleurer quand il m’a dit Tu reviendras, et mes pleurs secouaient une personne drôlement habillée. Drôlement habillée, aussi, est la manière dont j’apparais sur beaucoup de photos de ma jeunesse. Je peux l’affirmer aujourd’hui car j’ai fait du ménage dans de vieilles photos hier. Je m’y trouve plus mince, plus sûre de moi, aussi, il me semble. Plus ingénue. D’où il ressort qu’en vieillissant, au lieu de m’affirmer et de me définir plus confiante, c’est le contraire qui se produit, je m’affaiblis, je m’amollis, je me fragilise. J’aime mieux, et plus, cependant. C’est toujours ben ça d’acquis.
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