Jour 1 303

Aujourd’hui j’ai roulé en bicyclette habillée en hiver sous le soleil radieux et je n’ai pas eu trop chaud. Je portais un manteau MEC – Mountain Equipment Coop que j’ai acheté du temps que François était vivant. Les mots « j’ai acheté » sont un raccourci car j’imagine que c’est François qui l’aura payé. Il m’offrait souvent des cadeaux. Le manteau est blanc cassé, très salissant, de taille L. Je l’avais choisi pour Emma, pas pour moi qui habille soit S ou M, mais pas L. Emma l’ayant essayé s’était trouvée trop rondelette et n’avait pas voulu le porter. J’avais pensé le ramener au magasin, mais d’une chose à l’autre je l’ai gardé. Je trouve qu’il a du style sur ma personne lorsque je le porte ouvert. Les poches sont énormes, j’y mettais des pommes, du temps de ma vie montréalaise qui me faisait quitter la maison tôt le matin et n’y revenir que tard le soir. Ici, à la campagne, je ne m’éloigne guère et je n’ai pas besoin de traîner de collation dans mes poches. Pour pédaler dans le vent, cet après-midi, mon manteau était fermé, boutonné, la ceinture attachée. François, cette même fois que nous avions magasiné, avait voulu acheter un manteau identique, mais de couleur beige. Il était en traitement contre le cancer, il avait beaucoup maigri, il grelottait dès qu’il mettait le pied dehors. Le voyant essayer le manteau de duvet beige, une vendeuse s’était approchée pour lui suggérer d’aller vers une autre couleur car avec celle-ci, avait-elle dit, vous avez l’air malade. François l’avait remerciée et, peut-être pour lui faire plaisir, était allé vers un vert foncé. Je portais aussi cet après-midi des mitaines de cuir qui, elles, m’ont été offertes par Clovis. Elles sont pourvues de gants en flanelle de coton à l’intérieur, elles sont chaudes et confortables. Je les adore. Je les ai oubliées à l’église de St-Jean-de-Matha l’hiver dernier lors d’un concert. Grâce au frère de Denauzier, qui est ami avec le bedeau, j’ai pu les retrouver. Sur la tête, je portais un chapeau qui appartient à Denauzier, de style aviateur, doublé de fourrure à l’intérieur, une fourrure douce qui me caresse les oreilles quand j’attache les lanières sous le menton. J’essaie de trouver si quelque chose sur ma personne aujourd’hui provenait de Jacques-Yvan. Malheureusement je ne trouve pas. S’il en avait été autrement, j’aurais été dans mon habillement un condensé de ma vie amoureuse des 24 dernières années.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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