Jour 1 309

Mes premières chaussures de sport

Mes premières chaussures Adidas –et peut-être les seules car par la suite j’ai préféré les Nike.

Je ne peux pas résister à la tentation de commencer mon nouveau défi avec la lettre A de Adidas. J’ai passé une bonne demi-heure ce matin, pendant que mes couches d’acrylique séchaient sur mon tableau Chien au cou de girafe, à éplucher les modèles que m’a retournés Google en fonction des années –c’était autour de 1972 et j’avais treize ans. Je n’ai pas retrouvé la paire que j’avais achetée à l’époque. J’y suis donc allée pour un modèle ressemblant en photo ci-contre. Il faut dire que ça fait 43 ans que j’ai fait cet achat, alors il est possible que ma mémoire ait déformé le modèle en question. Il me semble que la semelle était bleue et que le bout de la chaussure était encore plus arrondi. J’étudiais en secondaire 2, au Séminaire de Joliette. J’avais commencé à m’entraîner au cross-country sur l’heure du midi, beau temps mauvais temps j’essayais d’aller courir. Avant d’avoir ces baskets, je me demande bien avec quelles chaussures je courais ! Je me rappelle m’être retrouvée –seule comme presque tout le temps de mon adolescence–, au magasin d’équipement de sport de la rue St-Viateur et avoir été impressionnée par la quantité de skis alpins qui couvraient les murs. Je ne me sentais pas à ma place. Ce magasin était destiné aux gens fortunés. Or, papa ne l’était pas. Et c’est papa qui payait mes chaussures. L’idée de m’acheter des Adidas ne devait pas venir de moi. Mais alors de qui ? L’entraîneur, M. Fiset ? Non seulement elles coûtaient cher, mais je ne les aimais pas. En prime, je les ai peut-être achetées trop grandes parce que le bout retroussait. En même temps, je ne peux pas les avoir achetées si trop grandes parce que je me serais accroché les pieds en courant dans les sentiers. Je m’imagine dans le magasin, à peine capable de demander ma pointure tellement j’avais confiance en moi, et assurément incapable de demander au vendeur de vérifier si elles étaient de la bonne taille. Je courais dans le boisé derrière le Séminaire, le long de la rivière l’Assomption. J’aimais la sensation qui s’installait dans mon corps les jours que je maîtrisais bien ma respiration. Je me sentais vieille comme un vestige, à treize ans, les jours que je ne la maîtrisais pas. Je suis retournée visiter les terrains publics du Séminaire, cet été, qui s’appelle maintenant L’Académie Antoine-Manseau, pendant les dix jours que j’ai passés à Joliette pour m’occuper de papa. J’avais l’impression, tout en pédalant, de plonger pas mal loin dans mon passé. Écrivant ces lignes aujourd’hui, je me dis que je suis peut-être remontée jusqu’aux origines de la fasciite plantaire qui me gâche la vie depuis ces derniers mois.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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