Il me reste 5,5 années d’écriture selon le compte à rebours automatisé qui est associé à mon blogue. Comme je me sens moyennement positive aujourd’hui, je serais encline à me dénigrer en tant qu’auteure et à déplorer le manque de fil conducteur de mon projet. Je n’ai écrit à ce jour que des textes décousus, de brefs instantanés qui rendent compte, approximativement, de la couleur et de la saveur de certains moments de ma vie. Je me suis néanmoins soumise à trois contraintes thématiques qui représentent, en soi, des fils conducteurs. Les lecteurs ont eu droit à une ébauche de fiction à partir d’autant de personnages qu’il y a de lettres dans l’alphabet. Chaque personnage aurait porté un prénom qui aurait commencé par une lettre différente selon un ordre décroissant. J’ai donc créé Zoé, puis le couple Yasmine et Yuri Yourmanov, il a brièvement été question d’une Xena rencontrée dans les environs de la rue Ste-Catherine Est, à ma sortie du magasin Omer De Serre, et aussi d’une Wilma, élégante parisienne qui est venue s’asseoir sur un banc à côté de moi, non loin de la tour Eiffel, ce même jour que Clovis, d’humeur joyeuse, m’avait dit assez sèchement, à propos de la tour, dans un enthousiasme délirant à l’égard du patrimoine architectural :
– Tiens, le voilà ton tas de ferraille.
J’ai abandonné le projet d’écriture de fiction en direct, à chaud, un texte publié par jour, car c’était trop difficile. J’aurais pu réussir, avoir eu une structure narrative en tête, mais en mode improvisation j’allais nulle part, ou alors partout à la fois, ce qui génère la même cacophonie.
Je me suis ensuite amusée à présenter les toiles que j’ai peintes à l’acrylique au fil des années en leur associant encore une fois –décidément c’est une manie, une marotte, une idée fixe, une maladie–, des titres par ordre alphabétique. J’ai démarré ma présentation avec la toile intitulée À Barcelone, un soir d’été, et je l’ai terminée avec Zones inexplorées. J’ai donné la toile À Barcelone… à une amie qui vivait une rupture amoureuse, parce qu’il me semblait que les couleurs pouvaient lui faire du bien. Zones inexplorées, quant à elle, habite chez Emma, à Montréal, dans la salle à manger. Une fois présentées mes 26 toiles sur mon blogue, j’ai lancé sur Facebook une invitation de vernissage à la maison, à laquelle trois personnes ont répondu, et encore, la troisième personne s’est manifestée à la dernière minute, une heure avant l’événement ! J’ai aussi organisé quelques visites privées pour gens VIP et au bout du compte sur les 26 toiles j’en ai vendu la moitié.
Je me suis alors tournée vers les montages que j’ai faits le soir, au bureau, après les heures de travail, en utilisant le logiciel InDesign, à partir de photos qui ont en commun le port du foulard rouge de feue ma tante Alice. Les montages ont évidemment, à cause de ma maladie, un titre par ordre alphabétique. La mosaïque obtenue et photographiée ci-contre est installée sur le mur qui se trouve à notre gauche lorsqu’on monte l’escalier pour atteindre notre chambre à coucher. Chaque petite toile est collée au mur avec du velcro. Androgyne, qui démarre le bal, se trouve à l’extrême gauche au coin supérieur et n’apparaît pas sur la photo. Elle constitue une sorte de lettrine à laquelle s’attache le reste. Je n’ai pas abandonné ce projet, mais une fois que je l’ai eu terminé, personne n’en a dit du bien, sauf Denauzier et sauf ma belle-sœur qui, d’habitude, n’est pas très versée vers les expérimentations artistiques.
Tout ce palabre pour en arriver à ceci : j’ai envie de me lancer un nouveau défi mobilisateur, cette fois autour des vêtements. J’ai déjà fait allusion à cette idée. J’aimerais écrire un texte par jour, ces 26 prochains jours, et même davantage, on n’est jamais trop optimiste, en ayant pour thème un vêtement que j’ai déjà porté dans ma vie…
