
Au centre de la table, dans le plus grand saladier, la délicieuse choucroute de Thrissa. J’en ai pris trois fois. Pourtant nous avons entamé ce repas, pour ceux qui s’en souviennent, le ventre déjà plein.
Les convives ne se sont pas encore rassemblés autour de la table, sur la photo ci-contre, prise à McKellar à l’occasion de l’Action de Grâces. Nous étions encore debout à parler à l’un et à l’autre, à faire connaissance, et moi à prendre des photos, avec la permission de l’hôtesse. J’aime me présenter aux événements anglophones munie de mon appareil photo. Cela crée un écran entre les gens et moi. Grâce à cet écran, je n’ai pas besoin de parler en anglais et de me sentir, comme d’habitude, n’avoir que cinq ans d’âge mental. Comment ça se fait qu’aujourd’hui, à 56 ans, je ne parle pas mieux l’anglais qu’à 16 ans ? Parce que je suis paresseuse. C’est la première réponse qui me vient à l’esprit. Parce que je n’ai pas confiance en moi. Parce que je n’écoute pas trop la télévision. Parce que je n’y suis pas exposée dans mes cercles d’amis. Parce que ça me fait mal à la bouche, au bout d’un moment. L’autre jour, en parlant du contexte économique qui nuit considérablement au monde des hélicoptères dans lequel évolue mon mari, je lui ai dit que je le suivrais volontiers s’il devait aller travailler dans l’ouest canadien. Je serais obligée de parler en anglais tous les jours et cela me déniaiserait. Je pourrais me fixer des petits défis différents, au moins un par jour. Acheter un rôti de bœuf au comptoir du boucher serait un bon défi. Lire en anglais les journaux, les romans, les livres de recettes, les formalités administratives deviendrait un must. J’ai découvert que c’est ce que font les étudiants en littérature française, à l’université, lorsque je me suis inscrite à un cours de 2e cycle, en 2007, pour le plaisir. Les essais qu’ils lisent sont surtout écrits en anglais. J’ai étudié en littérature française en France et au Québec, dans les années 80, et je n’ai presque rien lu en anglais. Parler au téléphone serait le défi le plus éprouvant. Parler au téléphone pour solutionner un problème bancaire, admettons, serait un pensez-y bien avant de composer le numéro de téléphone de la banque !