Jour 1 321

Tête de chien sur cou de girafe

Tête de chien sur cou de girafe

Voici mon plus récent projet, pas encore terminé. Il s’agit de mon premier tableau peint à St-Jean-de-Matha dans ma nouvelle maison. C’est le tableau auquel je faisais référence dans un texte récent, fait  sur une planche de bois de format de 109 cm². J’ai passé des heures à tracer des motifs répétitifs pour couvrir les surfaces délimitées par les lignes orange. J’aime tracer des motifs répétitifs. C’est pour le moins élémentaire, mais ce n’est pas facile pour autant quand on désire que les lignes soient parallèles. Quand la maison est tranquille, que j’y suis seule, que le téléviseur ne fonctionne pas, ni le compresseur du réfrigérateur qui est, ce dernier, situé assez près de mon atelier, quand la maison est silencieuse, autrement dit, je trace mes motifs au son de ma valve mitrale mécanique –tchouk tchouk– et au son de la petite horloge que j’ai placée sur la bordure de la fenêtre et qui égrène les secondes –tic tac. Après avoir tracé quelques traits pour me réchauffer la main, je me rends compte que je respire entre les traits seulement, et non de façon continue. Je suis tellement sûre de moi, j’ai tellement confiance en moi que je peins en retenant mon souffle. Alors je m’arrête une seconde pour me détendre, puis je m’y remets, en écoutant ma valve, en écoutant l’horloge, et en étant attentive à ma respiration. J’en exagère même l’amplitude, j’ouvre grand les poumons pour me sentir zen. Puis, je me rends compte que j’entends aussi ma main, celle qui tient le pinceau, glisser sur le panneau de bois. Avec encore plus d’attention et de conscience dans l’instant présent, j’entends aussi, très très faiblement, le bruit des poils du pinceau qui glisse lui aussi sur le bois. Rendue là, je suis fière de moi. Je n’ai pas peint en pensant à ce qui s’est produit hier et à ce que j’aimerais qu’il se produise demain. Je peins dans l’attention (sonore) du moment. Prise au jeu de cette forme de méditation, je replonge mon pinceau dans l’acrylique, prête à reconnaître et à sentir, une à une, les étapes de mon action : la valve, l’horloge, la respiration, la main, le pinceau. Quand je suis sur le point d’entendre le bruit, si on peut appeler ça un bruit, des poils du pinceau, le compresseur du réfrigérateur redémarre et je sursaute de deux pieds !

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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