Jour 1 324

C'est hier que j'aurais dû mettre en photo vedette cette belle poitrine généreuse.

C’est hier que j’aurais dû mettre en photo vedette cette belle poitrine généreuse.

– Oubliez ça, la barre étalon à 100 calories !, s’exclamait, presque furieuse, une de mes pupilles. On a beau courir comme des malades, ça prend une méchante distance pour brûler un nombre significatif de calories. Quand on vient à l’école en marchant d’un pas normal, on ne brûle rien du tout !
– Exact, acquiesçaient quelques bouches, les bouches des jeunes filles qui s’assoyaient d’elles-mêmes dans la première rangée. Celles que le restant de la classe appelait les zélées.
– On ne brûle rien du tout !, renchérissaient-elles, contrariées elles aussi.
– Bien alors vous n’avez qu’à inscrire zéro, répondais-je du tac au tac, pour le coût énergétique de la catégorie alimentaire ! Zéro barre tendre, zéro dollar, zéro calorie. Vous voyez, mon exercice est facile !
– Vous semblez oublier, répondait alors une jeune fille de la dernière rangée, qui prenait la peine de se lever, événement rarissime car dans ma classe on n’avait pas développé cette manière de procéder. Parlait qui voulait, en levant préalablement la main, mais en restant assise.
– Vous semblez oublier, répétait mon élève dont les paroles avaient été étouffées par le bruit de ses consœurs qui s’étaient tournées vers elle, une échappant sa règle, l’autre faisant bouger son pupitre, que, d’accord, les calories ingérées le matin sont de niveau zéro, mais il reste encore plusieurs heures avant la fin de la journée. Nous sommes nombreuses à mourir de faim dès les 11 heures. Ce n’est pas pour rien que nous sortons des classes en nous bousculant, quand sonne la cloche à midi !
– Mais une fois installées à la table de la cafeteria, m’inquiétais-je, mangez-vous ? Avez-vous un lunch ? N’est-il constitué que de branches de céleri ?
– Moi, répondait une autre élève sans se lever, c’est rendu que je ne mange que du gruau le midi, du gruau froid, simplement arrosé de lait à 1% de matière grasse. Je commence l’année avec cinq grosses cuillerées, et j’essaie de diminuer progressivement pour finir, en juin, avec trois cuillerées moyennement combles.
– Moi, ajoutait une de mes plus timides, d’une extrême maigreur et pâleur, je m’en tiens à une petite boîte de tofu nature le midi. Malheureusement, avouait-elle, piteuse, je ne suis pas capable de sauter le repas du soir, mais je ne mange jamais avant 18 heures.
– Moi, se confessait une autre, depuis quelques mois je vais fumer en cachette quand la cloche sonne à midi. Cela me donne mal au cœur, parfois même je vomis, c’est très efficace pour lutter contre la faim.
– Tu ne développes pas un mal de tête épouvantable ?, n’ai-pu m’empêcher de demander, la voix un peu tremblante devant tant de cruauté.
– Bof, a répondu la jeune fille.
– Pouf !, s’est exclamé mon mari chéri, probablement sous mon influence en matière d’interjection. Pouf ! Pouf !, a-t-il ajouté, peut-être un peu gêné de s’être laissé charmer par les bonnets bien galbés.
– Écoute, chérie, je ne suis pas fait de bois !
– Heureusement, l’ai-je rassuré, en le remerciant intérieurement d’avoir chassé de mon esprit, par ses seules paroles, la dure réalité des adolescentes au centre de mon récit.

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée, publiée dans 2 200 textes en 10 ans, est marquée , , , , , , , , , , , , , . Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire